« 15 février 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 25-26], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1923, page consultée le 26 janvier 2026.
15 février [1847], lundi soir, 5 h. ½
Malgré le désir et le besoin que j’ai de te voir, mon doux bien-aimé, je ne voudrais
pas que tu arrivasses dans ce moment-ci où ma chambre regorge de fumée1. J’ai
tenua la fenêtre toute grande
ouverte pendant une heure sans succès. Maintenant j’essaye de la porte sans savoir
jusqu’à présent si elle me réussira mieux que la fenêtre.
Que tu es bon, mon
Victor, et que tu m’as fait de bien en revenant hier sur tes pas. Ce bonheur si court
mais auquel je ne m’attendais pas a suffi pour changer en joie toute la tristesse
dont
mon pauvre cœur était plein. Pour la première fois depuis bien longtemps j’ai passé
la
nuit d’un dimanche sans pleurer. Je me suis endormie en te
souriant et en te bénissant. Tu ne sais pas combien une preuve de vraie tendresse
de
toi me donne de force et de courage. La plus petite marque d’attention me transporte
de joie. Avec deux sous de violette tu me donnes deux millions de bonheur pur ; oui,
c’est dans cette proportion-là. Tu ne sauras jamais combien et comment je t’aime.
C’est au point que dès que je crois remarquer le plus petit symptôme d’indifférence
en
toi, je sens mourir mon âme en moi. Ton amour fait ma vie plus que l’air, plus que
la
lumière, plus que le pain et la chair. Si tu savais comme c’est vrai ce que je te
dis
là, tu en serais bien heureux ou bien épouvanté selon l’état de ton propre cœur. Aussi
tu penses avec quelle ardente sollicitude je surveille, je guette tout ce qui me
paraît être une preuve d’amour ou une preuve de refroidissement.
7 h.
Je finis ma lettre malgré la présence de Mme Guérard pour te dire encore une fois que tu es mon amour bien-aimé, ma vie, ma joie, mon bonheur et mon tout. Je te baise depuis pater jusqu’amen.
Juliette
1 Dans la lettre du 8 janvier, Juliette Drouet se plaignait déjà de la fumée qui emplit son logis à cause de « crevasses dans les murs ».
a « tenue ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
