« 23 janvier 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 73-74], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4612, page consultée le 26 janvier 2026.
23 janvier [1846], vendredi matin, 9 h. ½
Bonjour mon bon petit Toto, bonjour mon cher bien-aimé, bonjour je t’aime, comment vas-tu ? Je m’en veux de ma somnolence de cette nuit, je ne devrais jamais avoir besoin de dormir quand tu es là. Il est vrai que si tu me parlais je passerais la nuit sans sentir la moindre pesanteur sur les yeux. Mais te voir lire, passé une certaine heure, c’est plus fort que moi. Je t’en demande pardon quoique ce ne soit pas de ma faute. Si vous me parliez cela n’arriverait pas et si vous me donniez à copier je ne serais pas tenter d’aller m’ennuyera hors de chez moi comme je l’ai fait hier. Je voudrais bien savoir quelle raison mystérieuse et secrète vous avez pour ne pas me donner à copier tout de suite puisque vous avez des choses toutes prêtes ? Il me prend envie de farfouiller dans vos papiers et d’en tirer au hasard des feuilles que je copierai pour mon plaisir quitte à les recommencer si vous le trouvez bon. Hum, que dites vous de cette idée, elle me paraît lumineuse ? Et puis qu’est-ce que vous pourriez me faire d’ailleurs, vous ne me tueriez pas, ainsi ce serait toujours autant de bonheur de pris. Cela vous apprendrait une autre fois à ne pas me faire attendre si longtemps. Mais il faudrait pour cela que j’aie le courage de vous déplaire, chose que je n’ai pas encore pu faire volontairement. Je suis trop bête, je n’ose pas et voilà pourquoi vous en abusez. Si jamais je rattrape mon cœur de vos griffes, vous verrez toutes les méchancetés que je vous ferai. D’ici là il faut que je me résigne et que je vous aime de toutes mes forces, ce que je fais de tout mon cœur.
Juliette
a « ennuier ».
« 23 janvier 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16362, f. 75-76], transcr. Audrey Vala, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4612, page consultée le 26 janvier 2026.
23 janvier [1846], vendredi soir, 6 h. ½
Merci mon Toto, merci mon bien-aimé, merci mon adoré. Tu m’as donné trois bien bonnes
heures et que je n’oublierai jamais, fussé-jea dix milles fois centenaire. Seulement comme l’appétit vient
en mangeant j’aurais voulu que ces trois heures se prolongeassent trois jours et plus
encore même. C’est si bon et si doux de vivre avec toi. Tu ne sais pas cela, toi,
mais
moi je le sens jusque dans les bouts des ongles. Dès que je suis avec toi je sens
en
dedans de moi toute une fête d’amour et de joie qui s’anime et finit par me posséder
touteb entière. Mais aussi dès que
tu es parti tout s’éteint et disparaît absolument comme pour les fêtes deluxe dont tu parlais tout à l’heure. Mon pauvre cœur retombe
dans son obscurité et dans sa misère de tous les jours. Malheureusement il n’y a pas
de boutiques d’approvisionnement pour ce genre de luxe et je suis obligée d’attendre
que le hasard ou la nécessité me procure une aubaine comme celle d’aujourd’hui.
Cher adoré, je ne veux pas être ingrate. Je n’en ai pas le droit d’ailleurs. Je veux
au contraire conserver pieusement et le plus longtemps possible le goût et le souvenir
des trois heures de bonheur que tu viens de me donner. Pour cela je vais refaire en
pensée le chemin que nous avons fait, les stations où nous nous sommes arrêtés, revoir
le beau ciel que tu as admiré, respirer l’air qui t’a touché, baiser les pavés qui
t’ont porté, t’adorer dans chacune des paroles que tu m’as dites.
Juliette
a « fussai-je ».
b « tout ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
