« 8 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 229-230], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12275, page consultée le 24 janvier 2026.
8 décembre [1845], lundi matin, 9 h. ¼
Bonjour, mon cher petit Toto, bonjour, mon cher petit bien-aimé adoré, bonjour, mon Toto ravissant, bonjour, mon cher petit homme de mon cœur, bonjour, comment vas-tu ce matin ? As-tu pensé à moi ? As-tu rêvé de moi ? M’aimes-tu ? Moi je pense à toi, j’ai rêvé de toi, je t’aime, je te désire, je t’attends et je t’adore. Je me suis réveillée à 6 h. du matin pour Claire et j’ai eu toutes les peines du monde à me rendormir. Aussi je suis aussi grimaude ce matin et aussi frileuse qu’hier au soir. Je grelotte comme un pauvre chien de chasse malade. Cela se passera, j’espère, quand j’aurai déjeunéa. Mais toi, mon pauvre petit homme, comment vas-tu ce matin ? Tu dois avoir bien froid dans cette chambre qui n’est jamais chauffée ? Tu as tort de pousser aussi loin le mépris de l’hygiène et du bien-être. À ta place, je voudrais avoir toujours du feu chez moi si ce n’était pour mon plaisir, au moins pour ma santé. Je crains que tu ne te ressentesb plus tard de cette dureté envers toi-même. Tout ce que je te dis et rien, c’est la même chose. Tu n’en tiens pas le moindre compte et tu n’en continueras que de plus belle à geler dans ta chambre quelque brouillard et quelque froid qu’il fasse. Si vous m’aimiez, vous m’obéiriez aveuglément et tout serait pour le mieux. Mais vous êtes un féroce Toto qui n’écoutez rien. Taisez-vous, vous n’êtes pas très drôle. Baisez-moi, cela vaudra mieux.
Juliette
a « j’aurai déjeuner ».
b « tu ne te ressente ».
« 8 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 231-232], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12275, page consultée le 24 janvier 2026.
8 décembre [1845], lundi soir, 4 h. ½
Tu es gentil, mon Toto, je t’aime. Seulement tu ne sors pas et tu ne rentres pas assez souvent ou plutôt tu sors trop et tu ne rentresa pas assez, voilà ce que je veux dire. Cependant je n’ai pas le droit de grogner aujourd’hui, au contraire, car tu es venu deux fois tout de suite. Mâtin de sien, je suis ri1. Et le grand Turc n’est pas mon cousin, même à la mode de mon pays2. Vous voyez que je suis geaie, mon amour, grâce aux deux apparitions que vous avez faites dans mon logis. Que serait-ce donc si vous y veniez passer une journée toute entière y compris la NUIT ? Je n’ose pas y penser, car cela ferait FRÉMIR probablement. Je serai déjà bien heureuse si vous venez tout à l’heure griffouiller chez moi. À propos, le lampiste m’a fait cadeau d’un verre CASSÉ en attendant qu’il fasse venir de Baccaratb d’ici à douze ou quinze jours. Dès que je pourrai me chauffer, j’irai tout bonnement changer cette effrayante mécanique contre la première patraque venue. Seulement je crains que cet homme, qui me paraît un double fripon, ne nous attrapec encore indignement. Il faut espérer pourtant que cette mystification prolongée aura une fin. J’ai écrit à Dabat pour le presser. Et puis je t’aime, et puis je t’attends, et puis je te baise, et puis je t’adore.
Juliette
1 Pour « mâtin de chien ». On ne comprend pas « je suis ri ».
2 Juliette est originaire de Bretagne.
a « tu ne rentre ».
b « Bacarach ».
c « attrappe ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
