« 25 février 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 121-122], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5153, page consultée le 24 janvier 2026.
25 février [1845], mardi matin, 11 h. ½
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour, mon adoré, comment vas-tu ce
matin ? Tu as dû bien peu dormir, mon Dieu, car il était près de 3 h. du
m[atin] quand tu t’es en allé et tu dois être
déjà à l’Académie1 ou bien près d’y être. Le plus fatiganta de ton travail est
fait. Il reste maintenant le plus fastidieux à faire : lire aux
Académiciens, corriger les épreuves, etc. Dans
cet etc. je ne comprends pas la lecture au public, car il doit être fort
doux, au contraire, d’être admiré et applaudi par tout un monde
d’élitesb et par
les femmes les plus huppées de Paris. Cette
partie de votre discours n’est pénible que pour moi qui voudrais être
seule à vous admirer comme je suis seule à vous adorer. Mais il faut
savoir se résigner et faire bonne mine à mauvais jeu et vous verrez que
jeudi2 je ne serai pas une de vos moins
ferventes admiratrices.
Je te dirai, chemin faisant, et comme la servante du curé, que ton second
discours, pour ne ressembler en rien au premier3, est aussi admirable que
l’autre et fera peut-être encore plein d’effet. Riez si vous voulez, mon
maître, de mon opinion, mais je suis sûre d’avoir raison.
Tu as
vu, mon pauvre adoré, à quelle affreuse migraine j’étais en proie cette
nuit. Ce matin je suis encore comme une pauvre hébétée. Il est vraiment
triste d’être aussi souvent en proie à cette abrutissante infirmité que
je le suis. Pourvu que je ne l’aie pas jeudi, cette migraine, c’est tout
ce que je demande. En attendant, je t’aime plus que de toutes mes forces
et de tout mon cœur. Je t’aime par-dessus les bords.
Juliette
1 Les séances à l’Académie française se déroulent chaque semaine les mardis et les jeudis.
2 Le jeudi 27 février, Victor Hugo prononce ce fameux discours à l’Académie française en réponse au discours de réception de Sainte-Beuve.
3 Le 16 janvier 1845, Victor Hugo avait prononcé un discours en réponse au discours de réception de Saint-Marc Girardin.
a « fatiguant ».
b « d’élite ».
« 25 février 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 123-124], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5153, page consultée le 24 janvier 2026.
25 février [1845], mardi après-midi, 4 h.
Je t’attends, mon cher bien-aimé, avec tous mes rafraîchissantsa à la
main. Je sens que tu dois être épuisé. Je voudrais être à jeudi
soir1 et savoir que tu vas enfin te reposer. Je te
dirai, mon cher amour adoré, que, moi qui ne fais rien, je trouve moyen
d’être courbaturée et d’avoir un affreux mal de tête qui me rend
stupide.
J’en suis honteuse, mais qu’y faire ? La saison n’est pas
encore venue de me promener dans MON JARDIN. Je l’attends avec
impatience pour savoir si cela m’empêchera d’avoir d’aussi fréquents et
d’aussi violents maux de tête. J’ai donné aujourd’hui au menuisier et au
peintre un acompte. Au premier de 100 francs, ainsi que tu me l’avais
dit, au second de 80 francs. Quant à celui-ci, je ne sais pas si ton
architecte trouvera à lui diminuer son mémoire, mais il me paraît
exorbitant. Je me suis fait expliquerb cependant, pièce en main, tout ce qui était
porté sur le susdit mémoire et je n’y ai pas vu de double emploi. Il n’y
aurait donc que sur les prix enfin, de compte fait. Il se monte à 138 francs ! C’est
inimaginable. Il y a 19 francs, valeur estimation
en argent, comme ils appellent ça, qui me paraît plus
qu’exagéré. J’en ai déjà fait la remarque au peintre. Il faut absolument
que tu tâches de faire vérifier tous ces mémoires par M. Robelinc ou tout autre.
Celui-ci en particulier me paraît un peu vif. Je crois que ce petit
travail de vérification et d’épluchage et la désagréable surprise du total n’ont pas peu contribué à me redonner
mal à la tête. Il ne faudra rien moins qu’un bon baiser bien long et
bien tendre de toi pour me guérir. Je t’attends avec amour et avec
impatience.
Juliette
1 Le jeudi 27 février, Victor Hugo prononce un discours en réponse au discours de réception de Sainte-Beuve à l’Académie française.
a « mes raffraichissants ».
b « expliqué ».
c « Roblin ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
