« 9 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 131-132], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11700, page consultée le 24 janvier 2026.
9 juin [1844], dimanche soir, 9 h.
Voici le premier moment de la journée dans lequel je m’assois, mon cher amour. Aussi
suis-je fatiguée, fatiguée, fatiguée. Je ne sais pas quand arrivera le moment où je
pourrai me reposer car je vois que la tâche s’allonge devant moi indéfiniment. Encore,
si je te voyais, si j’étais sûre que tu m’aimes toujours. Mais j’ai le cœur rempli
d’inquiétude et de jalousie. Il me semble impossible que tu ne te lasses pas de moi.
Tu as beau être bon et doux, je ne vois pas que tu m’aimes comme autrefois. J’ai
l’enfer dans le cœur quand je pense que tu ne m’aimes plus et que tu peux en aimer
une
autre. Mon Dieu, si jamais cet affreux doute devient une horrible réalité, ayez pitié
de moi car je ne sais pas ce que je ferai.
Je vais tâcher de veiller en
t’attendant, je ne me coucherai pas pour pouvoir profiter de toi si tu viens. Tâche
de
ne pas venir trop tard.
Il fait un temps hideusement lourd et qui m’abrutit.
Toute la journée il m’a semblé que j’avais le cœur et la tête dans une boîte de plomb.
L’orage qui a éclaté ne m’a pas rafraîchie, je suis plus énervée encore qu’auparavant.
Je crois que je ne pourrai pas supporter longtemps cette manière de vivre sans te
voir. Si ce supplice devait se prolonger, j’aimerais mieux mourir tout de suite ou
m’en aller avec ma fille n’importe où. Je n’ai plus de patience. J’ai la conviction
d’ailleurs que je n’ai pas longtemps à vivre et je voudrais profiter de mon reste.
Tu
crois que je te dis cela en folie mais j’ai les yeux pleins de larmes et l’âme pleine
de découragement. Je suis triste, triste, triste. Toi, pendant ce temps-là, que
fais-tu ? Tu es heureux, tu es admiré, fêté, caressé, choyé, tu penses à moi quand
tu
peux, c’est-à-dire pas souvent. Je souffre mon Toto. Je souffre trop ; si tu savais
combien, tu aurais pitié de moi et ton pauvre bon petit cœur se fendrait de douleur.
Je t’aime trop.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
