« 10 juillet 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 107-108], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10391, page consultée le 26 janvier 2026.
10 juillet [1843], lundi matin 7 h. ¼
Je suis bien triste, mon Toto, je lis et je relis ta lettre pour me donner de la
confiance et du courage mais je suis triste, triste au-delà de toute expression. Je
prévois que le bonheur d’être réuni à ta fille va te retenir bien des jours encore
loin de moi et il m’est impossible de n’être pas au désespoir en pensant que je serai
tout ce temps-là sans te voir. Il me semble, au découragement que j’éprouve, que ce
voyage n’arrivera jamais. J’ai le cœur plein d’amertume contre tout le monde et contre
tout ; je me déteste et je voudrais être au diable, qui ne saurait être pire que la
rue Sainte Anastase quand tu n’y es pas.
J’ai vu hier Mme Krafft qui a dîné avec moi ; elle
s’en est allée à 9 h ½. Je me suis couchée à 10 h. ¼ et j’ai lu jusqu’à près de
minuit. Enfin je me suis endormie et j’ai eu les plus effroyables rêves qu’on puisse
faire. Il y a plus d’une heure que je suis levée et je trouve la journée déjà
monstrueusement longue et ennuyeuse. Dieu sait ce que cela deviendra pour tromper
mon
impatience. Je vais envoyer chercher chez [Lambin ?] les provisions de
voyage indispensables. Si j’avais eu le petit [rebleu ?], j’aurais pu y
emballer bien des vociférations, bien des savons, bien des grogneries, bien des
brosses, bien des peignes et bien des mouzonneries de toutes sortes et de tous calibres. Tu ne l’as pas voulu.
Tâche au moins de vouloir revenir tout de suite si tu ne veux pas que je devienne
Ponsardée1 (selon la belle image du Corsaire).
En attendant, je t’aime trop et je te désire de même. Ce n’est
pas ce qui me fera trouver la journée moins longue. Je baise tes chères petites pattes
pour les faire accourir plus vite.
Juliette
1 Jeu de mots sur le nom de François Ponsard, auteur de la pièce Lucrèce, qui fait de la concurrence aux Burgraves.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
