« 28 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 85-86], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.166, page consultée le 26 janvier 2026.
28 janvier [1843], samedi matin midi
C’est donc aujourd’hui que vous me faites sortir mon bien-aimé ? Entre nous le jour
n’est guère bien choisi mais comme je ne veux pas vous refuser je ferai ce que vous
voudrez. Pauvre ange bien-aimé, comment vas-tu ? Moi j’ai passé une nuit mauvaise,
j’ai peu dormi à cause des douleurs d’estomac et de tête. Ce matin je suis toute
malingre. Cependant il faut que je me dépêche dans le cas où tu viendrais me prendre.
Je ne comprends pas comment tu pourras en trouver le moment par exemple, mais cela
ne
me regarde pas ; tu connais les allures des gens à qui tu as affaire mieux que moi
et
tu sais sur quoi tu peux compter.
Je t’aime mon Toto chéri, je t’aime mon Toto
bien-aimé, je t’aime. Tu es beau, tu es bon, je t’adore.
Je vais faire tout mon
possible pour n’avoir pas besoin d’argent d’ici à jeudi. Claire vient ce soir, je lui ferai faire le travail
en question sur les lettres et sur mes papiers, si elle en a le temps toutefois. Ce
sera un genre de divertissement assez médiocre, heureusement qu’elle n’est pas
habituée à plus de [fourirement ?] que cela. Cependant pour
l’encourager je lui promettrai les Burgraves si elle
travaille bien et si elle est bonne fille d’ici à la représentation. Ce qui ne sera
pas une petite besogne au train où tous ces gens-là y vont. Le fauteuil de Pénélope
n’était rien en comparaison des Burgraves. Enfin avec de la
patience, autre maxime1 qui n’est pas neuve, on
vient à bout de tout. Nous verrons ça je l’espère.
Juliette
« 28 janvier 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16351, f. 87-88], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.166, page consultée le 26 janvier 2026.
28 janvier [1843], samedi soir, 6 h. ¾
Merci mon Toto, merci de ta bonne petite promenade. Je suis sûre qu’elle me fera du
bien quoique pour le moment je sois très blaireuse. C’est si bon et si doux de marcher
avec toi que je ne m’en lasserais jamais et si tu avais voulu, je serais revenue à
pied. Voime, voime mais j’aurais pilé énormément
de poivre1.
Voici ma
pauvre péronnelle arrivée et toute rayonnante parce qu’on est content d’elle. Tant
mieux mon Dieu et je devrai ce changement si heureux à toi mon pauvre adoré. Tout
ce
qui m’arrive d’heureux c’est à toi que je le dois. Je n’existe que depuis toi. Ô sois
béni mon cher bien-aimé. Sois heureux aussi de tout le bonheur que tu me donnes.
Si tes pauvres pieds te font trop de mal, il faudra venir changer tes bottes, ce sera
une occasion de te voir plus tôt.
Je viens d’envoyer chercher les huîtres mais
je n’ai pas voulu avancer les six sous pour vous. Je ne veux
pas comme ça m’embarquer des fournitures exagérées avec vous parce que je n’ai pas
de
confiance dans vos principes de probité et d’honneur.
Tiens, tiens, voici un
incident : il n’y a pas d’huîtres du moins d’huîtres ouvertes. Ce qui fait que, vu l’adresse de Suzanne et la disette de couteaux, je renonce à cette partie de notre
dîner. Nous nous en tiendrons au simple bouillon et nous économiserons vingt-quatre
sous, ça n’est déjà pas si bête. Jour Toto, je
suis très contente de l’incident et je vous aime encore plus fort.
Juliette
1 Piler du poivre : piétiner.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
