19 mars 1841

« 19 mars 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 257-258], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7718, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour mon Toto bien-aimé, bonjour mon Toto chéri. Comment vas-tu ce matin, mon amour ? Comment m’aimes-tu ? Je t’aime de toute mon âme, moi, quoique ça ne m’avance pas à grand-chose si ce n’est à trouver le temps mortellement long et ennuyeuxa en ton absence. C’est peut-être pour cela que je dors comme un loir depuis une huitaine de jours sans pouvoir m’en empêcher. C’est pour m’empêcher de m’apercevoirb autant de vos manques de promesses et pour m’empêcher d’avoir plus de chagrin que vous ne méritez que le bon Dieu m’envoie ce sommeil de momie.
Il fait un temps ravissant aujourd’hui, il est bien dommage que je n’en puisse pas profiter. Je t’aurais prié de me mener chez la mère Pierceau, elle doit nous trouver bien malhonnêtes et bien indifférents et elle n’a pas tort1. Mais outre que tu travailles, j’aurais quelque répugnance à laisser mes deux femelles toutes seules2, surtout lorsqu’il s’agit du sort de la fameuse robe de Toto3. Je viens de m’apercevoirc en retournant ma page que sur le verso de la première j’ai écrit trois fois de suite empêcher. C’est dommage que ce ne soit pas le 1er avril au lieu du 19 mars, j’aurais pu pêcher, sinon quelques bonnes idées, au moins quelques magnifiques poissons que vous auriez avalésd avec cette voracité et cette confiance qui vous distinguente. C’est égal, baisez-moi et aimez-moi, je vous l’ordonne.

Juliette


Notes

1 Mme Pierceau vient d’accoucher, le 15 mars, d’un petit garçon.

2 Pauline et Suzanne ?

3 Depuis quelques jours, Juliette a emprunté à son amie Laure Krafft une robe de chambre qui sert de modèle à l’ouvrière Pauline afin d’en tailler une neuve pour Hugo.

Notes manuscriptologiques

a « ennuieux ».

b  « appercevoir ».

c  « appercevoir ».

d  « avaler ».

e  « distingue ».


« 19 mars 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 259-260], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7718, page consultée le 25 janvier 2026.

Vous avez été bien méchant et bien bon dans un bien court espace de temps, mon adoré. Je vous pardonne la méchanceté parce que c’est une absolution pour toutes les miennes, je garde religieusement dans mon cœur ton ineffable bonté parce que ce sera un REFUGE contre les affreux soupçons qui m’obsèdent sans cesse, ceux de croire que tu ne m’aimes plus comme autrefois. J’espère, mon adoré, que tu auras retrouvé toutes tes pensées intactes, sans fêlure et sans brisure aucunea ? Je l’espère et je le désire pour toutes sortes de raisons, dont la première et la dernière dans lesquelles les autres sont enclavées, c’est que je t’aime de toute mon âme. Si tu veux que rien de triste et de décourageant ne demeure dans mon pauvre cœur, tu viendras travailler plus que jamais auprès de moi, tu y viendras sans arrière-pensée et sans crainte de la bête féroce que j’abrite et que je nourris avec complaisance en ma personne. Dès ce soir, je l’enchaîne et je la muselleb pour un bon bout de temps et tu seras bien habile si tu parviens à entendre un seul de ses grognements ou à voir le plus petit bout de ses cornes. Tu peux venir en toute sécurité.
En vérité, mon cher monsieur, vous êtes un gaillard bien favorisé du BEAU SEXE. Voici une effroyable couson1 qui propose de venir finir la robe de chambre dimanche dans le cas où la passementerie serait prête. Cette proposition est d’autant plus humiliante pour moi que c’est à grand peine si je peux parvenir à avoir cette affreuse fille le mardi quand il s’agit de mes propres zaillons. Tout ceci démontre votre empire sur la plus belle moitié du genre humain mais ne me rend pas la jambe mieux faite à moi, pauvre Juju.


Notes

1 Pauline.

Notes manuscriptologiques

a « sans fêlures et sans brisures aucunes ».

b « musêle ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.

  • 7 janvierÉlection à l’Académie française.
  • 3 juinRéception à l’Académie française.
  • Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.