« 14 mars 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 237-238], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7695, page consultée le 24 janvier 2026.
14 mars [1841], dimanche, midi ¼
Bonjour méchant Toto, bonjour vilain petit homme. Vous êtes bien revenu, n’est-ce
pas, scélérat ? Aussi, quand je vous dis que vous vous moquez de moi et que vous ne
m’aimez pas, je crois que je ne me trompe pas beaucoup. Taisez-vous, vilain monstre,
taisez-vous, ou bien je reprends ma robe CHINOISE. C’est que…je le ferais comme je
le
dis, voyez-vous.
Je ne sais pas où je prends les envies de dormir que j’ai, mais
le fait est que j’ai toutes les peines du monde à me réveiller quand une fois je m’y
mets. Il va falloir que je reprenne mes habitudes d’été, je m’en porterai mieux et
j’aurai plus de temps pour m’occuper de mes affaires.
Je vais écrire tout à
l’heure à Mme Krafft pour la chose en question. Je crois que ce serait d’une meilleure
économie si on pouvait faire une robe de chambre à la place d’un paletot. Je dis si
on peut car tant que je n’aurai pas un modèle, je ne
l’affirmerai pas1.
Je continue toujours à rager et maugréer ces hideuses
filoutes de Gérard, car il est clair comme
le jour qu’ellesa m’ont volé ma belle
doublure moirée rouge. Que le diable les emporte, les vieilles voleuses, et qu’il
les
garde longtemps2. Puisse-t-il aussi chemin
faisant vous ramener bien vite chez moi et vous y laisser, c’est le vœu de votre
pauvre vieille Juju qui vous aime.
1 Juliette veut emprunter à Laure Krafft une robe de chambre qui va servir de modèle à son ouvrière pour en tailler une nouvelle.
2 À élucider.
a « elle ».
« 14 mars 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16344, f. 239-240], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7695, page consultée le 24 janvier 2026.
14 mars [1841], dimanche soir, 4 h. ½
Eh ! bien, mon petit Toto, vous ne songez pas encore à tourner le bout de vos BÔTTES dans la direction de la rue
Sainte-Anastase1 ? Voici pourtant la journée bientôt écoulée, il
serait bon que vous me donnassiez signe de vie pour me faire supporter la soirée qui
paraît devoir être aussi triste et aussi longuea que les précédentes. Il dépendrait de vous cependant de la
rendre une des plus lumineusesb
et des plus heureusesc de ma vie,
mais c’est ce que vous ne ferez pas. Je vous aime mon Toto, je t’aime mon cher petit
homme. Il fait un temps ravissant et si tu peux me faire sortir ce soir, malgré mon
écorchure2, je prendrai mes jambes à mon cou. D’ailleurs, je suis sans
inquiétude maintenant que nous avons la pommadedNICOLETe ; pour en user, on se fendrait volontiers en quatre pour avoir
le plaisir de se faire ressouder par cette sublimissime pommadef3. Voime, voime.
En attendant, je
bisque et je voudrais vous tenir dans un petit chemin avec ou sans pierres mais assez
loin pour que vous ne puissiez pas m’échapper de quinze jours. Hélas ! jour Toto. Baisez-moi, vieux bonhomme, je vous
déteste. Voime, en reniflant.
Juliette
1 C’est l’adresse de Juliette Drouet depuis le 8 mars 1836. Elle déménagera le 10 février 1845 pour le no 12 de la même rue.
2 Juliette fait ici référence à ce qui s’est passé quelques jours auparavant. À l’occasion d’une visite à Mme Pierceau qui va bientôt accoucher, elle s’est écorchée, mais elle ne précise pas comment c’est arrivé.
3 Le ton employé par Juliette ressemble fort à celui d’une annonce publicitaire, peut-être parue dans un journal de l’époque comme La Presse.
a « longues ».
b « lumineuse ».
c « heureuse ».
d « pomade ».
e Dans sa lettre du lendemain soir, Juliette écrit « Nicollet ».
f « pomade ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
