« 4 novembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF, 16343, f. 125-126], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9172, page consultée le 24 janvier 2026.
4 novembre [1840], mercredi matin, 8 h.
Mon pauvre bien-aimé, j’ai à peine eu le temps de te voir car à peine arrivé il a fallu te coucher et dormir et à peine endormi te réveiller et t’en aller. Que le diable emporte les comtesses qui ne payent pas les pensions alimentaires des auteurs de leurs jours. Sans une d’entre elles j’aurais passé une bonne grande nuit auprès de toi y compris la matinée qui n’est pas à dédaigner quand elle aboutit à un bon petit déjeuner auprès du feu. Aujourd’hui je n’ai rien de tout cela et quoi quea tu en dises je n’ose pas espérer que tu reviendras auparavant ce soir. C’est bien triste. Je m’étais si bien habituée à te voir tous les jours et à toute heure1 que ça m’est bien dur de compter les heures en t’attendant. Baise-moi mon Toto chéri. Baise-moi mon amour adoré. Je n’enverrai pas Mme Lanvin au bois à moins que tu ne m’apportes de l’argent pendant qu’elle sera chez moi car il ne me reste juste que 95 f. et si les fournisseurs et le blanchisseur viennent aujourd’hui ce sera à peu près ce que je leur donnerai. Cela ne me contrarie que parce que je suis forcée de faire revenir Mme Lanvin ou son mari et que c’est gênant pour eux et pour moi. Enfin il le faudra bien. Baise-moi mon cher petit homme, je t’aime de toute mon âme. Baise-moi qu’on vous dit. Vous êtes bien joli depuis que vous êtes à Paris, cela ne me convient pas à moins que vous ne me quittiez pas ni jour ni nuit mais autrement je vous le défends expressément, entendez-vous cher adoré ? Je vous aime.
Juliette
1 Hugo et Juliette ont voyagé ensemble durant les deux mois précédents, du 29 août au 1er novembre.
a « quoique ».
« 4 novembre 1840 » [source : BnF, Mss, NAF, 16343, f. 127-128], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9172, page consultée le 24 janvier 2026.
4 novembre [1840], mercredi, 10 h. ¼ du soir
J’ai eu la visite et la pratique de Mme Guérard pour dîner jusqu’à présent, c’est
pour cela, mon Toto, que je ne t’ai pas écrit plus tôta mais tu n’y asb pas perdu car je n’ai pas cessé de
jaboter sur votre compte car vous êtes le sujet inépuisable de mes pensées, de
ma conversationc, de mon
admiration et de mon amour et tous ceux qui m’approchent sont obligés d’en
passer par là. Ils sont ou elles sont bien malheureuses, en vérité je les
plains, voime, voime, en reniflant.
La mère Lanvin Lanvin et Claire sont allées au bois mais on n’a pu en
prendre que deux voies1 et demie pour 95 f. 19, une voie et
demie à 38 f., une demi voied à 34 f., une autre à trente-six avec le rentrage cela se
monte à la somme ci-dessus. Quant à la reconnaissance, on n’a pas pu la
renouvelere
aujourd’hui parce qu’elle était des Petits Augustins et qu’on n’auraitf pas eu le temps d’y aller.
C’est encore quelques sous de faux frais dont je me serais très bien passée.
Jourdain est venu, je lui ai
expliqué pour la peau du chevreuil2, il l’enverra prendre par son
apprenti demain. Mme Guérard qui a deux coquilles à
rôtir m’en prête une indéfiniment ce qui m’économisera d’en acheter une, enfin
le menuisier est venu mais il n’est pas REVENU avec mon tiroir. Je voudrais
bien avoir à vous apprendre que je vous ai vu, que vous êtes là, que vous
m’aimez, que vous ne vous en irez pas et que vous êtes heureux de mon amour.
Mais il s’en faut bien que j’aie des nouvelles aussi ravissantes à vous donner.
Vous n’êtes pas là, vous m’oubliez, vous ne viendrez peut-être pas du tout et
peu vous importe que je vous aime ou non de tout mon cœur. N’est-ce pas que
c’est vrai. Oh ! non, non, mon adoré, ce n’est pas vrai, n’est-ce pas ? Tu
m’aimes, tu vas venir et tu ne pourrais pas te passer de mon amour ? Baise-moi
mon cher bien-aimé et viens vite.
Juliette
1 Une voie de bois : quantité équivalant à environ deux stères.
2 Cette peau de chevreuil qui servira de couvre-lit à Juliette (voir lettre du 21 décembre 1840) est un souvenir rapporté du voyage. Jean-Marc Hovasse signale le passage des Misérables où il est question de cet élément décoratif acheté « à Tottlingen, près des sources du Danube » et présent dans la maison de Monseigneur Myriel. (Victor Hugo. Tome 1. Avant l’exil, Fayard, p. 795).
a « plutôt ».
b « a ».
c « conservation ».
d « demie voies ».
e « renouveller ».
f « aurait ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
