28 décembre 1839

« 28 décembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 211-212], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10385, page consultée le 26 janvier 2026.

Je t’écris tout de suite une grande lettre, mon adoré, parce que mon bobo a interverti l’ordre et la marche habituelle de mes petits triquemaques et puis je t’avais vu, ce qui m’a donné un peu de joie et de patience pour t’écrire plus tard. Quelle belle journée aujourd’hui, mon Toto, et quel dommage de n’en pouvoir pas profiter. Je ne t’en veux pas, pauvre bon ange, seulement je dis que la fée du guignon aurait bien dû se tenir tranquille et ne pas s’opposer à une bonne petite promesse faite ensemble bras-dessus bras-dessous comme deux bons petits amoureux que nous sommes. J’ai là une lettre dont je ne remets pas l’écriture, ce doit être d’un créancier probablement, voici la saison où cette vilaine fleur-là s’épanouita et nous empoisonne de son parfum peu oriental. Enfin il faut savoir en passer par là et respirer même à son aise au milieu de tous ces ennuis et de toutes ces senteurs. Suzanne va se distinguer après anneaux, moi je me distingue dans mon amour et je n’ai pas besoin d’eau de cuivre pour ça. J’ai un mal de tête Sterling, cela tient à la mauvaise nuit que j’ai passée, décidément je ne peux rien manger [illis.] soir ; mais ça ne m’empêchera pas de souper avec toi. Je ferai attention à ce que je mangerai, voilà tout. Pense donc, mon adoré, que je n’ai guère que ces rares chances de bonheur et s’il fallait encore me les ôter je ne sais pas ce que je deviendrais. Aussi, mon bon petit homme, je t’en supplieb, ne me prive pas de toutes les occasions de souper avec toi que tu peux me donner sous aucun prétexte. Mon Dieu, que j’ai mal à la tête, je n’en peux plus. J’ai cependant beaucoup à faire. Si je veux mettre à jour mes comptes de fin d’année auparavant de recommencer l’autre, mais je doute que j’en aie le courage. Quel malheur ! Je t’aime, mon adoré. Je t’aime, mon Toto, je t’aime, je t’aime, aime-moi aussi, mon bon petit homme par reconnaissance et surtoutc par amour car j’en ai besoin pour être heureuse et surtout pour vivre. Donne-moi tes petits pieds que je les baise, tes petites mains que je les croque, ta bouche que je la respire, tes yeux qui m’éblouissent, ton âme qui me confond et que j’adore. Tâche de venir un moment auparavant la nuit, j’ai tant besoin de te voir et de t’embrasser. Tâche de venir, mon Toto.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « s’épanouie ».

b « suplie ».

c « sur tout ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.