« 15 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 55-56], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3156, page consultée le 24 janvier 2026.
15 janvier [1839], mardi matin, 8 h. ¾
Bonjour mon cher adoré, comment vas-tu, mon bon petit bien-aimé ? Je pense à toi sans cesse, mon âme cherche la tienne comme ma poitrine cherche l’air. J’ai besoin de ta pensée pour vivre comme on a besoin de respirer. Depuis quelques jours surtouta, tu es si ineffablement bon et doux que je me sens l’âme pénétrée, comme quand le soleil, si haut et si bon, aussi lui, caresse et réchauffe cette pauvre terre d’automne si triste et si dépouillée. Enfin, j’ai dans l’esprit et dans le cœur un sentiment sublime d’amour et de reconnaissance mais que ma stupidité verrouille et tient prisonnier, par jalousie peut-être, afin qu’il ne soit pas dit que j’ai en moi ce qui vaut mieux que l’esprit et ce qui tient lieu de beauté, l’amour. Oui, je t’aime, mon Toto, comme les anges aiment Dieu. Seulement, je t’aime mieux, car tu es homme et le plus beau des hommes et le meilleur et le plus grand, et que l’amour est au-dessus de l’adoration. Pauvre âme de mon âme, tu n’es pas venu cette nuit : est-ce que tu as encore veillé, mon Dieu ? Mais mon pauvre adoré, tu te tueras, il ne faut cependant pas pousserb le dévouement jusqu’au suicide. Tu te portes bien, mais ces travaux si assidus et si fatigantsc de la nuit sont autant d’épreuves à laquelle ta santé ne peut pas toujours résister. Mon adoré, mon adoré, pense à moi et arrête-toi.
Juliette
a « sur tout ».
b « poussé ».
c « fatiguants ».
« 15 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 57-58], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3156, page consultée le 24 janvier 2026.
Tu es mon vaillant et bien-aimé petit homme. Je regrette d’être hors d’état de te
le
prouver par A plus B, mais, si je suis malade comme une vieille bête, il me reste
mon
art : c’est toujours ça [Dessina] et je vous donne en talent ce que je ne peux pas vous
donner en plaisir et en esprit. C’est une réjouissance comme une autre et dont mon
amour pourrait se passer attendu qu’il a le [poids ?]. Mais je suis
généreuse et je vois fais la bonne mesure. Prenez donc le nouveau chef-d’œuvre que
je
vous abandonne en toute propriété en vous permettant même de la vendre au jour de
l’infortune quand vous aurez mangé toute votre fortune. Je vous promets de la refaire
avec les nombreux dessins, je pourrais dire tableaux, dont je vous ai si libéralement
enrichi.
Je t’aime, mon Toto, je souffre atrocement, mais je t’aime encore plus.
Tu es mon bien-aimé adoré. J’espère que tu ne me trompes pas, n’est-ce pas mon petit
homme, que tu es bien fidèle ? N’est-ce pas que tu te déchires de tes propres
griffes ? N’est-ce pas que j’ai raison de t’adorer ? Tâche de revenir bientôt ce soir.
Je vais me coucher tout de suite, moi, et m’envelopper de cataplasmesb. J’ai écrit ce matin à la
mère Lanvin. Je te dirai ce que je lui ai dit dans la lettre. En attendant, je te
baise en pensée et en désir.
Juliette
a Dessin :

b « cataplasme ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
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