« 14 août 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 220], transcr. Emma Antraygues et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12914, page consultée le 25 janvier 2026.
Paris, 14 août [1880], samedi matin, 8 h.
Cher bien-aimé, non bis in idem1, dit le proverbe, ce qui ne m’empêche pas de te répéter le bonjour à mezza voce2 que je t’ai donné tout à l’heure. Je crois, mon pauvre grand bien-aimé, que tu n’as pas mieux dormi que moi qui n’ai pas dormi du tout, car je t’ai entendu t’agiter souvent. Pour moi cela n’a rien de nouveau et c’est sans importance mais pour toi c’est autre chose et je m’en attriste chaque fois que cela t’arrive. Tâche de dormir la grasse matinée, mon cher petit homme, afin d’être bien reposé tantôt. En attendant je constate la laideur du temps et mon peu de force qui va toujours diminuant sans espoir de retour. Mais, peu importe, comme dit le bonhomme Marquand, si j’ai bien rempli ma vie d’amour pour toi. Le reste est à la volonté de Dieu et je ne m’en inquiète pas. Il y a un temps d’arrêt dans les lettres ce matin, excepté celle de Louis Leroy, qui m’écrit de Genève pour s’excuser de n’avoir pas pu répondre à mon invitation à dîner jeudi dernier. Tout le monde est parti ou part. Ce qui m’oblige encore une fois à te faire penser à répondre à Meurice et à Saint-Victor. OUI, ou NON. Ton silence prolongé serait maintenant presqu’une offense. Penses-y et excuse-moi de tant insister, c’est parce que je sens que c’esta urgent et parce que je t’adore.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 L’adage latin Non bis in idem est employé par les juristes français pour désigner le principe selon lequel une personne déjà jugée pour un fait délictueux ne peut être poursuivie à nouveau pour le même fait.
2 Mezza voce (italien) : à mi-voix.
a « cet ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
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