« 30 janvier 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 29], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2256, page consultée le 26 janvier 2026.
Guernesey, 30 janvier [18]73, jeudi matin, 7 h. ¾
Encore manqué, mon grand petit homme, quoique je fusse à mon poste au petit jour.
Il
est vrai, mon pauvre adoré que tu as dû ne faire qu’une glissade bien rapide sur ton
toit car la neige et le verglas devaient y régner sans partage. Mais ce n’était pas
une raison pour manquer l’occasion de te jeter mon âme au passage, au contraire, aussi
j’enrage de bon cœur de mon peu de chance.
J’espère au moins que tu as bien dormi
puisque tu t’es levé presque en même temps que le canon. Quant au soleil, il reste
sous entendu comme moi sous mes couvertures. Je lui demande pardon de cette similitude
outrecuidante, au susdit soleil, ça lui apprendra à faire le paresseux.
Dites
donc, Môsieu, voilà plus de cinq cents francs que je paye pour vous en moins de huit
jours ! Étonnez-vous après cela que je sois à sec de pounds si souvent.
Quant à
moi, je le comprends du reste mon très cher ! Ce que je comprends moins, ce que je
ne
comprends pas du tout, c’est le besoin effréné que vous avez d’une carafea d’eau glacée dans tout le dos tous les
jours. La seule pensée de ce régal de batracienb (oh !!!) me donne la chair de poule. brrr ! À choisir je
crois que je préfèrerais le supplice du plomb fondu. L’un ne doit guère différer de
l’autre comme agrément, et il ne m’est pas prouvé que tu n’y résisterais pas moins
bien, à ce supplice extra chaud, qu’à celui de l’extra froid. Cependant je ne prends
pas sur moi de te le conseiller. J’aime mieux te prier de m’aimer, de n’aimer que
moi
et de m’être fidèle depuis A jusqu’à Z dans l’alphabet de l’amour dont le premier
et
le dernier mot pour moi est : je t’adore.
a « caraffe ».
b « battracien ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.
- 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
- 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
- 12 juilletBlanche revient secrètement.
- 21 juilletBlanche repart pour Paris.
- 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne. - 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
- 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
- 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
- 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
- 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
- 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.
