16 décembre 1872

« 16 décembre 1872 » [source : BnF, Mss, NAF 16393, f. 346], transcr. Bulle Prévost, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9990, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour, mon cher bien-aimé, Bonjour et merci. Je t’ai vu, je suis heureuse et j’ai le soleil dans le cœur. Sois béni. J’espère que tu as passé une bonne nuit et que tu te portes bien de la tête aux pieds. Je voudrais déjà pour toi que ton petit hourvaria1 de fête2 soit passé parce que je sais combien cela te dérange de tes habitudes. Quant à moi, je persiste à croire que je ferais mieux de m’abstenir d’y assister du moment que nous ne sommes plus tout à fait entre nous. Cependant, si ce n’est pas ton avis, je suis toute prête à faire ce que tu voudras, trop heureuse de te sacrifier ma vieille ourserie contre l’honneur et le bonheur de te voir officier au milieu de tes petits pauvres. Quel dommage que tu n’aies pas auprès de toi ce jour-là tes deux petits aides naturels Georges et Jeanne. Comme ils seraient joyeux et comme tu serais heureux ! Il serait juste que le bon Dieu, en échange de ton dévouement à toutes les douleurs et à toutes les misères, t’en récompensât par le bonheur auguste et sacré d’avoir tes petits-enfants avec toi. Il faut que cette sévérité de ta destinée ait sa raison d’être, car autrement ce serait à douter de sa justice, ce qui n’est pas possible. J’aime mieux croire qu’il te réserve ailleurs des félicités suprêmes, mesurées à la grandeur de ton âme et à celle de ton génie et qu’il m’accordera la grâce de t’aimer et de te bénir dans le ciel pendant toute l’éternité comme je le fais sur la Terre. Jusque-là, j’espère, je prie et j’attends. Aussi, mon cher adoré, je ferai ce qu’il te plaira pour la fête de tes petits enfants. J’irai ou je resterai à ton choix, ma joie et mon bonheur étant de te complaire en tout. Nous attendons avec impatience de quoi habiller la grande poupée d’honneur3 !!! Le temps presse ! La grande poupée ! La grande poupée ! La grande poupée !


Notes

1 Hourvari : grand tumulte.

2 Depuis 1862, Victor Hugo organise de manière hebdomadaire un dîner pour les enfants pauvres de l’île de Guernesey dans sa maison de Hauteville-House. C’est également l’occasion pour lui d’organiser un repas de Noël en compagnie de ces enfants le 19 décembre 1872. Il fera également dresser, le même jour, deux arbres de Noël pour eux.

3 Pour le Noël des enfants pauvres, Victor Hugo a décidé de réaliser une grande poupée qu’il faut habiller avant le repas du Noël du 19 décembre et qu’il offrira à l’une des petites filles présente à la fête et dont Juliette s’inquiète régulièrement depuis quelques jours.

Notes manuscriptologiques

a « ourvari ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils partent à Guernesey pour un an, le temps pour Hugo d’écrire son roman Quatrevingt-treize et d’entreprendre la conquête de Blanche, servante de Juliette.

  • 7 janvierÉchec de Hugo à une élection partielle.
  • 13 févrierHugo retrouve chez le docteur Allix sa fille Adèle, qu’il n’a pas vue depuis le 18 juin 1863. Elle revient de la Barbade.
  • 17 févrierAdèle, fille de Victor Hugo, est internée dans la maison de santé du docteur Brierre de Boismont, à Saint-Mandé.
  • 16 marsActes et Paroles.
  • 7 avrilBlanche Lanvin entre au service de Hugo.
  • 29 maiNaissance de sa petite-nièce Juliette, fille de son neveu Louis Koch.
  • 10 août 1872-30 juillet 1873Séjour à Guernesey.
  • 25 décembreHugo entreprend la conquête de Blanche Lanvin.