6 décembre 1872

« 6 décembre 1872 » [source : BnF, Mss, NAF 16393, f. 336], transcr. Bulle Prévost, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9980, page consultée le 25 janvier 2026.

Cher bien-aimé, tu as dû passer encore une mauvaise nuit si j’en juge d’après l’heure de ton lever. Il est vrai que, moi qui étais debout avant le coup de canon, je ne l’ai pas euea meilleure pour cela. Aussi, j’espère me tromper sur la tienne. Je te guettais au passage depuis une heure quandb tu as paru sur ton toit, si rapidement que tu n’as pas eu le temps de voir que j’étais en dehors de la fenêtre de mon cabinet, ouverte pour laisser passer la poussière qu’on y faisait en le balayant à ce moment-là. Mais je t’approuve et je te remercie mon adoré bien-aimé, de n’être pas resté plus longtemps les pieds sur ta terrasse mouillée ; c’est déjà trop que tu y sois venu. Simple question : pourquoi donc Mme Chenay s’attache-t-elle avec tant d’acharnement et de persévérance à T’INTRODUIRE à Mademoiselle Jun1 ? Quel plaisir en tire-t-elle pour jeter ainsi tous ses engouements passés par-dessus les moulins ? J’accorde que cette demoiselle est charmante de tout point et qu’elle a des mérites et des vertus à revendre, mais est-ce à Mme Chenay à s’en faire la marchande, au détriment de ses anciennes passions les dames de Putron, Marquand, Bourgaize et tutti quanti ? Si tu le sais, dis-le moi pour mon édification personnelle qui patauge en ce moment dans toutes ces toiles d’araignées, dans toutes ces dentelles, dans toutes ces coquetteries et dans toutes cesc soies plus ou moins bien tendues. En attendant, je t’aime en toute sécurité et avec toute confiance et avec l’autorité de quarante années de fidélité et l’espérance d’une éternité d’amour entre nos deux âmes. Cela dit, mon grand adoré, je laisse le champ libre à toutes les concurrences avouées ou secrètesd pour ne m’occuper qu’à t’aimer, à t’admirer, à t’adorer et à te bénir.


Notes

1 Mlle Louise Yung, professeur de français à Plymouth en Angleterre, amie et correspondante de Victor Hugo et de Georges Métivier (le poète national guernesiais) depuis 1866. Elle rencontrait Hugo, qui l’admirait beaucoup, à Guernesey, à Bruxelles ou à Paris.

Notes manuscriptologiques

a « eu ».

b « quant ».

c « ses ».

d « secrèttes ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils partent à Guernesey pour un an, le temps pour Hugo d’écrire son roman Quatrevingt-treize et d’entreprendre la conquête de Blanche, servante de Juliette.

  • 7 janvierÉchec de Hugo à une élection partielle.
  • 13 févrierHugo retrouve chez le docteur Allix sa fille Adèle, qu’il n’a pas vue depuis le 18 juin 1863. Elle revient de la Barbade.
  • 17 févrierAdèle, fille de Victor Hugo, est internée dans la maison de santé du docteur Brierre de Boismont, à Saint-Mandé.
  • 16 marsActes et Paroles.
  • 7 avrilBlanche Lanvin entre au service de Hugo.
  • 29 maiNaissance de sa petite-nièce Juliette, fille de son neveu Louis Koch.
  • 10 août 1872-30 juillet 1873Séjour à Guernesey.
  • 25 décembreHugo entreprend la conquête de Blanche Lanvin.