« 17 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 279-280], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11385, page consultée le 23 janvier 2026.
mars [1837], vendredi, midi ½
Bonjour mon cher bien-aimé. Je vous pardonne à la mode de Dédé à les conditions que je ne serais plus jamais méchante du tout et vous
plus jamais impatient de me quitter. Voilà mes conditions, les acceptez-vous ? Mon
cher petit Toto quand je vous ai mal quitté, toute ma nuit s’en ressent. J’ai mal
dormi cette nuit et mes rêves étaient tristes.
J’espère, mon petit Toto, que tu
feras tout ton possible pour ne pas aller à cette soirée demain. Sans m’attacher à
te
démontrer ce qu’il [y] aurait d’injuste dans ce procédé envers moi
qui ne sort jamais et qui t’ai sacrifié jusqu’aux intérêts de ma fille, je veux te
rappeler seulement que tu travailles bien souvent, que tu as tes devoirs de famille
que tu remplis exactement, ce qui te laisse peu de temps pour la pauvre femme qui
t’aime, et que si tu acceptes les devoirs du monde il ne me restera plus rien à moi
que le chagrin de t’aimer toute seule, car l’amour n’est un bonheur qu’autant qu’il
est réciproque. Toute cette rabacherie du cœur vient de la crainte de perdre une
minute que tu pourrais me donner.
J’espère que tu le prendras comme ça et que tu
ne m’en voudras pas. Je baise tes pieds, tes mains, tes cheveux, tes yeux et je
m’installe sur ta belle bouche pour plus d’une année.
Jour mon petit adoré. Je
vous aime entendez-vous ?
Juliette
« 17 mars 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 281-282], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11385, page consultée le 23 janvier 2026.
17 mars [1837], vendredi après midi, 3 h.
Mon cher bien-aimé, vous ne vous pressez pas d’accourir. Ce n’est sans doute pas de
votre faute, mais je n’en suis pas moins triste et fort impatiente de vous voir,
d’abord pour vous voir, c’est-à-dire pour vivre, ensuite pour vous demander pardon
de
ma grognerie de cette nuit. Il fait bien froid, cependant je serais bien sortie
volontiers si vous étiez venu me chercher.
Savez-vous, mon petit homme chéri,
qu’en quinze jours je suis sortie une seule fois pour aller rue du Temple. Ça n’est
pas assez pour sea bien porter. Aussi je
suis toujours malingre et souffrante. Il est bien entendu que ce ne sont pas des
reproches que je vous fais, mais quelques gémissements sur
l’impossibilité où vous êtes de me donner même le nécessaire et à ce propos je vous
rappellerai encore de relier les livres, etc.
Jour mon petit homme, jour mon petit Oto, jour mon cher bien aimé. Dans quelles cathédrales faut-il que mon amour aille vous trouver ? Dans
quels clochers ou dans quelles cryptes dois-je monter ou descendre ? Répondez et ne
dites plus que vous travaillez, mais seulement que vous ne m’aimez plus, ce qui serait
plus honnête et plus franc. Dieu vous garde, mon cher petit Toto, d’éprouver jamais
le
chagrin que vous me faites, bien involontairement, sans doute, mais bien cuisant car
vous ne m’aimez plus.
Juliette
a « ce ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
