« 16 décembre 1870 » [source : MLVH Bièvres, 130-8-LAS-VH 11 a, b et c], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3863, page consultée le 27 janvier 2026.
Paris, 16 déc[embre 18]70, vendredi, midi ½
Je ne demande pas mieux que d’être contente de ma soirée et même de ma nuit pourvu que tu sois ravia des tiennes. Autrement, mon cher bien-aimé, je serai forcée de m’avouer que je me suis fort ennuyéeb et que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, tout cela sans profit pour ce pauvre diable de musicien malchanceux qui avait compté, hélas ! sans le rhume de Mme Ugalde. Peut-être que tu lui accorderas de pouvoir te faire entendre sa musique pour de bon un de ces soirs, ce que tu ne peux guère refuser, quelle quec soit ton horreur pour ce genre d’audition. Les soirs se suivent mais ne se ressemblent pas, témoin celui d’aujourd’hui que tu passeras seul avec moi, et celui d’hier où tu avais foule chez toi1. Chacun d’eux ayant leur genre d’embêtement, tu as le droit de choisir celui qui te déplaît le moins. Je n’ai pas encore remboursé les petits gâteaux à Mme Charles, ce qui ne m’empêche pas d’avoir payé tout à l’heure le mois de gages de Suzanne. Ci – 30 F. toutes ces dépenses prévues et imprévues me font craindre de te demander la permission d’acheter deux jupons de flanelle dont j’ai le plus grand besoin, et qui coûteraient, façon comprised, de dix-huit à vingt francs les deux. Cela dit, je n’insiste pas davantage car je sais combien tu es parfaitement bon pour moi et je connais aussi les lourdes charges qui pèsent sur toi. D’ailleurs mon amour peut toujours me suffire.
1 La veille au soir, dans une soirée musicale, Mme Dalsème a chanté La Juive et le Stabatmater de Rossini.
a « ravie ».
b « ennuiée ».
c « quel que ».
d « comprises ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent en France après la chute de l’Empire, et connaissent les rigueurs du siège de Paris.
- 2 févrierReprise de Lucrèce Borgia.
- 10 aoûtArrivée de Louis Koch à Guernesey.
- 15 aoûtJuliette Drouet, Victor Hugo, Charles Hugo, sa femme Alice et leurs enfants quittent Guernesey pour Bruxelles.
- 5 septembreJuliette Drouet et Victor Hugo rentrent en France, à Paris. Hugo loge chez les Meurice, 5 rue Frochot.
- 26 septembreJuliette s’installe au pavillon de Rohan, 172 rue de Rivoli, où loge déjà Charles Hugo.
- 20 octobreLes Châtiments (nouvelle édition augmentée) paraissent en France.
