« 19 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 181-182], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11359, page consultée le 25 janvier 2026.
19 février [1837], dimanche midi
Bonjour, bonjour mon cher cher bien-aimé. M’aimes-tu un peu ? Moi je t’aime de toute
mon âme. As-tu passé une bonne nuit mon cher adoré ? Moi je me suis endormie que fort
tard de 4 à 5 h. et je dormirais encore maintenant sans un violent coup de sonnette
tiré par mon bonnet. Je n’en suis pas fâchée, ça fait que je
t’écris, que je pense à toi et que je t’aime quelques heures plus tôt. Il fait encore
bien beau temps ce matin. Si tu peux me faire sortir, je n’en serai pas fâchée.
J’ai écrit à Mme Pierceau de venir aujourd’hui parce que vous m’avez menacée de remporter
vos beaux, vos admirables vers pendant quelques jours et moi je tenais à faire
partager le trop plein de mon admiration et de mon enthousiasme à quelqu’un et je
vous
assure que cette bonne femme là est plus que toute autre en état de comprendre et
de
sentir sinona la beauté littéraire,
au moins celle de la pensée et de l’âme que vous avez répandueb à grands flots dans cette dernière
œuvre. Je crains malgré ma lettre qu’elle ne vienne pas aujourd’hui. Tant pis pour
elle et aussi tant pis pour moi qui manquerai une occasion de dégonfler mon cœur de
trop d’amour et d’adoration.
Jour mon petit oto, je vous n’aime, jour vieux brise cœur, jour
vieux tranche passion. Jour, vous êtes une vieille bête et
votre conquête (Mme [Barville ?]) est une
vilaine Laide et moi je suis très jeune très belle et très ravissante.
Juliette
a « si non ».
b « répandue ».
« 19 février 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 183-184], transcr. Érika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11359, page consultée le 25 janvier 2026.
19 février [1837], dimanche après midi, 4 h. ½
Mon cher petit Toto bien aimé, je suis tout à fait guérie. Il n’y a plus rien du
tout, le mal est parti. Aussi je suis à votre disposition et à votre discrétion quand
et où vous voudrez et comme vous voudrez. Je serais bien sortie si vous étiez venu
me
chercher au lieu de rester chez moi à croquer le marmot1.
Mme Pierceau ne
vient pas et ne viendra pas, ce qui m’est à une seule chose près indifférent. Mais
vous mon adoré, que je vois si peu, et que je ne verrai jamais assez, pourquoi ne
venez-vous pas ? Est-ce que c’est encore aujourd’hui jour de rendez-vous ? Vous devriez réserver au moins un jour dans la semaine pour
votre pauvre vieille Juju, ce ne serait pas trop il me semble.
À quand L’ORGIE ?
à quand ..... ??????a Il est probable que vous aurez oublié le
chemin depuis le temps reculé où vous y êtes allé pour la dernière fois. Toto... Toto,
mon petit Toto vous me faites l’effet d’être un affreux bandit et un fieffé
scélérat.
Je suis sur le point de me venger d’une façon terrible et originale.
Prenez garde à vous, vieux gredin. Maintenant je passe d’un grave au doux, du stupide
à l’absurde. Je vous aime, je vous aime, je vous aime, il y en a comme ça long comme
d’ici là-bas. Et puis encore en attendant je vous appelle, je vous désire, je vous
attends et je vous adore.
Juliette
1 Locution populaire qui signifie « attendre en vain ». Selon Furetière, « ce proverbe vient apparemment des compagnons peintres, qui quand ils attendent quelqu’un se désennuient à tracer sur les murailles quelques marmots ou traits grossiers de quelque figure », mais selon Guiraud elle signifierait « attendre devant une porte en cognant impatiemment le heurtoir ». (Claude Duneton, Le Bouquet des expressions imagées, Seuil, 1990, p. 599).
a Les six points d’interrogation courent jusqu’à la fin de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
