« 26 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 97-98], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11432, page consultée le 24 janvier 2026.
26 janvier [1837], jeudi après-midi, 1 h. ¾
Je finis seulement à présent ma lettre commencée hier. C’est que depuis hier j’ai
eu
le bonheur de souper avec vous jusqu’à 1 h. ½ du matin et puis ce que j’avais prédit
est arrivé, la marche d’hier m’a fait dormir jusqu’à présent, non pas sans
interruption mais enfin j’ai dormi ce qui ne m’était pas arrivé souvent depuis deux
mois et si vous ne m’aviez pas fait des gros chagrins en rêve je dormirais
encore.
Je vous pardonne tous vos trimes et
je vous baise et je vous aime et vous êtes toujours mon cher petit Toto adoré.
« 26 janvier 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16329, f. 99-100], transcr. Erika Gomez, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11432, page consultée le 24 janvier 2026.
26 janvier [1837], jeudi après midi, 2 h. moins 10 m[inutes]
Mon cher petit Toto bien aimé, je vous écris cette grosse lettre là afin que vous
ayez votre compte, si je vais dîner chez Mme V1. À ce sujet là, je vous dirai qu’il sera
impossible de refaire mon chou, si j’y vais le soir parce
qu’il faut voir clair, au reste cela m’importe médiocrement. J’aime assez les choux frisés, c’est pour cela que je vous aime tant à cause de
vos beaux cheveux qui frisent comme des asperges. Il m’est arrivé une fameuse aventure
cette nuit, je ne sais pas si j’aurai la force de vous tout avouer, promettez moi
d’être très indulgent et je vous dirai tout Hélas ! à peine étiez vous parti cette
nuit, que j’entendis pousser des lamentables gémissements. Je prêtai l’oreille et
bientôt je reconnu la voix de... l’infortuné CIVET qui se trouvait entre les deux
portes, celle de la cuisine et celle de mon cabinet, toutes les deux fermées comme
vous savez. Dans l’impossibilité morale de lui ouvrir une de
ces deux portes, je ferme courageusement mon cœur à toute pitié résolue à laisser
passer toute la nuit ce malheureux Civet à genoux sur la pierre. Mais si j’avais fermé
mon cœur je n’avais pas fermé mes oreilles, et voici que les gémissements plaintifs
se
changent en affreux miaulements à faire tomber les portes d’elles mêmes, ma foi
j’avoue que j’eus un moment d’égarement et… c’est ici que j’ai besoin de toute votre
indulgence, j’entrouvris la porte de mon cabinet l’espace suffisant pour laisser
passer le corps d’un Civet. Je n’en avais nul droit puis qu’il
faut parler net, mais j’espère qu’en faveur de mon repentir vous ne crierez pas
HARO sur votre pauvre petite BAUDETTE2 qui ne le fera plus jamais jamais, dussent
ses oreilles être déchirées par la plus affreuse mélodie de chat. Pardonnez moi s’il
vous plait.
Je t’aime toi, je t’aime va. J’ai bien rêvé de toi, tu as été comme
toujours très méchant et très injuste envers moi, mais tu es si bon en réalité que
je
te pardonne toutes tes cruautés en rêve. Jour,
mon petit oto, jour, mon bien bien aimé de tout
mon cœur de toutes mes forces et de toute mon âme, bien sûr bien vrai.
Juliette
1 À identifier.
2 On aura reconnu deux citations de la fable de La Fontaine « Animaux malades de la peste ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
