« 22 juillet 1868 » [source : BnF, Mss, NAF 16389, f. 203], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9412, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 22 juillet [18]68, mercredi, 5 h. ¾ du soir
Rien qu’un mot : je t’adore. J’ai été prise au saut du lit ce matin à six heures par l’engrenage préparatifs du voyage et je n’en suis pas encore sortie tout à fait. Il est vrai que j’ai fait une douce halte dans ton admirable livre1 et que je vais te revoir dans quelques minutes, ce qui fait ma joie et mon bonheur. Nous avons fini la collation il y a quelques minutes et à mon grand dam et grand regret car je ne suis pas au bout de mes émotions, de ma curiosité, de mon éblouissement et de mon adoration pour tous ces pauvres martyrs de ton génie. Je suis loin d’être tranquille sur leur compte, bien que j’entrevoie leur rapprochement imminent par la rencontre de cet excellent Homo2. Mais quel que soit le sort que tu leur prépares, je t’adore.
1 Juliette Drouet a repris la lecture de L’Homme qui rit.
2 Victor Hugo interrompt l’écriture de son roman L’Homme qui rit à la fin de la deuxième partie « Par ordre du roi », livre neuvième « En ruine », chapitre 2 « Résidu » le 21 juillet 1868 « afin de préparer [s]on départ pour Bruxelles ». Dans ce dernier livre qui précède la conclusion du roman, Gwynplaine se retrouve seul, la Green-Box a disparu. Alors qu’il est sur le point de se suicider en se jetant dans la mer, Homo, le loup d’Ursus arrive : « Il croisa ses mains derrière son dos et se pencha. – Soit, dit-il. Et il fixa ses yeux sur l’eau profonde. En ce moment il sentit une langue qui lui léchait les mains. Il tressaillit et se retourna. C’était Homo qui était derrière lui. ». Victor Hugo a interrompu la rédaction ici. Juliette espère donc que la rencontre du loup préfigure les retrouvailles de Dea et Gwynplaine.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Mme Hugo, devenue presque aveugle, meurt à Bruxelles peu après la naissance de son second petit-fils. Depuis quelques mois, Juliette était invitée aux fêtes familiales, et lui faisait la lecture.
- 29 janvierHernani est joué au Royal Theatre de Jersey.
- 31 janvierHernani est joué au Théâtre Royal de Guernesey.
- 14 avrilMort de Georges, petit-fils de Victor Hugo.
- 27 juillet-9 octobreSéjour à Bruxelles.
- 16 aoûtNaissance de Georges, fils d’Alice et Charles Hugo, qui lui donnent le prénom de leur premier-né mort quatre mois plus tôt.
- 27 aoûtMort d’Adèle, femme de Victor Hugo, à Bruxelles. Hugo accompagne son cercueil jusqu’à la frontière.
