« 17 février 1868 » [source : BnF, Mss, NAF 16389, f. 47], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8874, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 17 février [18]68, lundi, 7 h. ¼ du m[atin]
Je suis encore toute penaude ce matin car je vois que tu m’as devancéea au doux rendez-vous de la serviette1. J’espérais bien cependant être à temps aujourd’hui pour te saisir au passage et je suis humiliée de n’avoir pas réussi, sans compter que je retrouve sous les pattes de mon bête de toutou le second gribouillis que je t’avais écrit hier en réponse à ton adorable page. Toutes ces déconvenues accumulées me donnentb un peu de tristesse qui se dissipera dès que tu m’auras souri et que je t’aurai baisé de la tête aux pieds. En attendant, je vais prendre un bain qui achèvera de me débarrasser des dernières traces de mon long bobo. Cela fait, préparez vos jambes et vos ailes à me suivre à travers les champs et les bois que je veux arpenter en tous les sens.
1 Hugo accroche un torchon ou une serviette à la balustrade du toit de Hauteville House pour signaler à Juliette qu’il est bien réveillé.
a « tu m’as devancé ».
b « me donne ».
« 17 février 1868 » [source : BnF, Mss, NAF 16389, f. 48], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8874, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 17 février [18]68, lundi, 6 h. du soir
c’est bon, doux, tendre et charmant ce que tu as écrit tantôt, mon cher bien-aimé. Je ne t’en remercie pas, je t’adore. Dans ta préoccupationa, tu as mis la date 1835 au lieu de 1868 mais il te sera facile de rectifier cette erreur de chiffre ; aussi je n’ai pas serré mon cher petit livre rouge1 pour que tu puissesb corriger ce lapsus de plume ce soir même quand tu viendras dîner. Au reste, mon adoré, tous les jours à bien prendre sont pour moi des anniversaires d’amour depuis le 16 février 1833 jusqu’au 17 février 1868 car je n’ai jamais passé un seul jour, une heure, une minute depuis cette date suprême de ma vie sans t’aimer et sans remercier Dieu de m’avoir donnée à toi. Je t’aime, je t’aime, je t’aime.
1 Juliette conserve dans un livre rouge les lettres que Victor Hugo lui écrit chaque année pour l’anniversaire de l’amour du 16-17 février 1833. Ce « livre de l’anniversaire », comme il est appelé parfois, est un exemplaire des Poesias de Jacinto de Slas y Quiroga publié en 1834, relié pleine basane rouge, dont il ne subsiste que la couverture et les pages de garde, sur lesquelles VH a écrit les premières lettres. Les pages suivantes sont les lettres de l’anniversaire insérées.
a « ta préocupation ».
b « tu puisse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Mme Hugo, devenue presque aveugle, meurt à Bruxelles peu après la naissance de son second petit-fils. Depuis quelques mois, Juliette était invitée aux fêtes familiales, et lui faisait la lecture.
- 29 janvierHernani est joué au Royal Theatre de Jersey.
- 31 janvierHernani est joué au Théâtre Royal de Guernesey.
- 14 avrilMort de Georges, petit-fils de Victor Hugo.
- 27 juillet-9 octobreSéjour à Bruxelles.
- 16 aoûtNaissance de Georges, fils d’Alice et Charles Hugo, qui lui donnent le prénom de leur premier-né mort quatre mois plus tôt.
- 27 aoûtMort d’Adèle, femme de Victor Hugo, à Bruxelles. Hugo accompagne son cercueil jusqu’à la frontière.
