« 21 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 259-260], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10193, page consultée le 24 janvier 2026.
21 décembre [1836], mercredi midi
Bonjour cher petit homme, vous n’êtes pas malade, j’espère ? Pour aujourd’hui j’aime
mieux croire que c’est votre indifférence pour ma personne qu’une indisposition de
la
vôtre qui vous empêché de venir. Les baigneurs sont aussi
exacts que vous, ils ne sont pas venus non plus, eux. Cependant je dois avouer que
j’ai passé une bonne nuit et que je ne me sens pas de mon mal de tête ce matin. Pourvu
que cela dure.
Cher petit Toto bien aimé, j’ai vraiment quelque inquiétude sur
ta chère petite santé. Tu paraissais souffrir cette nuit et pourtant tu voulais
travailler. Si tu as eu ce courage qu’on peut appeler une imprudence dans cette
circonstance, tu auras peut-être augmenté ton mal de gorge, et voilà ce qui me
tourmente. Tu devrais pour dissiper mes craintes venir à présent me montrer le joli
petit bout de votre NEZ afin que je m’assure que vous êtes en bon état. Car malgré
tous les affronts que vous me faites, je vous aime plus et mieux que jamais, par CONTRADICTION dirait le BONHOMME.
Je vous aime par ou pour
quoi que ce soit, car vous ne le méritez guère, et si je ne vous baise pas c’est que
je suppose que cela vous est désagréable.
Juliette
« 21 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 261-262], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10193, page consultée le 24 janvier 2026.
21 décembre [1836], mercredi soir, 4 h.
Toujours donc mon cher petit Toto, toujours absent. C’est bien triste pour ta pauvre
Juju. Que veux-tu qu’elle croie, que veux-tu qu’elle fasse, dis ? Si tu ne l’aimes
plus, n’est-il pas de ton devoir de le lui dire franchement afin qu’elle s’avise à
te
débarrasser d’elle le plus vite possible. Et si tu l’aimes toujours n’est-il pas
absurde de laisser s’écouler les jours et les nuits dans l’attente continuelle d’un bonheur qui ne vient
pas ?
Mon cher adoré, je fais tous mes efforts pour te cacher le chagrin et le
tourment que j’éprouve. Cependant je n’y réussis pas. Il est impossible qu’étant
toujours préoccupé de la même pensée et de la même crainte, je n’en laisse pas percer
quelque chose malgré moi.
Je t’aime trop, mon pauvre bien aimé. C’est bien vrai,
pour notre malheur à tous les deux, je t’aime trop. Si je t’aimais moins je ne
sentirais pas aussi vivement ton absence, et par contrecoup tu serais moins tourmenté.
8 h. ½
Je vous ai revu, mon cher adoré, et toutes mes noires idées ont rentréa leurs cornes. Il ne me reste qu’une
seule pensée : que je vous aime, que vous êtes mon Toto adoré et que je baise vos
pieds de tout mon cœur.
Tâchez donc de venir pour une chose
[ou] pour une autre, pour marcher ou pour… danser. Vous
rendrez bien heureuse celle qui se dit votre
Juju
a « rentrées ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
