26 novembre 1864

« 26 novembre 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 247], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6067, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour, mon grand adoré, bonjour. Ton balcon est encore vide et désert mais j’espère que loin d’être un signe de mauvaise nuit, c’est au contraire l’indice d’un bon grand somme réparateur de l’insomnie d’hier, si j’en juge d’après moi qui ai dormi comme une marmotte jusqu’à ce matin.
Il y a aujourd’hui un mois que nous sommes revenus dans notre cher petit Guernesey. Cette saison n’est pas seulement celle des coquins du [rêve ?]elle est aussi celle des REVENANTS. Il y a un mois c’étaita nous, hier c’était ta femme, dans quelques jours ce sera ton fils Victor et qui sait si le bon Charles, lui-même, ne subira pas la loi d’attraction qui nous ramène tous avec joie dans cet Eden de la mer. Je le désire et je l’espère pour toi, pour sa mère, pour lui, pour nous, pour tous ceux qui aiment et qui admirent ton grand cœur et tousb les dons prodigieux dont il est doué. Grâce à la bonté charmante de ta femme mes jours sont respectés et je pourrai te donner à dîner ce soir c’est-à-dire être heureuse toute la soirée. Ce procédé délicat ne m’étonne pas de sa part mais mon cœur en est profondément ému. Je ne l’en remercie donc pas mais je l’aime comme elle mérite d’être aimée. Quelle tempête cette nuit et quelle bonne chance a eu ta femme de ne pas retarder son passage de mer. Sans cela elle pouvait être clouée à Saint-Malo ou à Jersey pendant plusieurs jours. J’espère que ton fils aura la même chance. En attendant c’est aujourd’hui qu’il festivalise chez Bérardi. Que le veau et la salade belges lui soient légers et qu’il nous reviennec bien vite sain (sans T) de corps, de cœur et d’esprit. Voilà ce que je lui souhaite. Le RESTE le regarde.
Cher, cher, cher bien-aimé, je te souris, je t’adore.

J.


Notes manuscriptologiques

a « c’étaient nous ».

b « toutes les dons ».

c « il nous reviennent ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.