« 19 novembre 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 240], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6060, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 19 novembre [18]64, samedi matin, 7 h. ½
Déjà levé, mon cher petit homme, je vous en fais mon compliment à la condition que vous ayez passé une very good nuit aussi longue et aussi bonne que la mienne. Je n’ai pas besoin de vous dire que j’ai rendu les honneurs de l’amour à votre cher petit signal en le saluant de cent un baisers tirés à cœur et âme du plus fort calibre. Cela fait, je suis revenue me mettre au lit d’où je vous écris ce bulletin matinal pendant que mes servardes vont et viennent dans la maison. Dans ce moment le FOUAIBLE soleil de novembre cherche à me faire entrer une paille dans l’œil sous forme de rayon sans y parvenir tant il est molasse et catarrheux. Aussi je me fiche de lui sans la moindre vergogne et j’affronte ses FLECHES de papier mâché sans sourciller. Du reste la mer me paraît douce et bonnasse comme un mouton ce matin. J’espère que ta femme aura un bon passage pour peu que ce calme continue encore quelques jours. Quant à ta visite à Georges Road1 il ne faut pas tarder à la faire. Il me semble qu’en y allant tout de suite après déjeuner tu as chance de trouver tout le monde, puisque c’est l’heure du dîner et que le long-champs de High Street ne commence qu’à deux heures. Après cela fais comme tu voudras. Il est certain que le jour et l’heure importent peu pourvu que ces dames aient l’honneur de te voir. Quand je dis que cela importe peu, c’est une manière de parler, car partout où tu es attendu on doit te désirer avec impatience. Donc ma phrase n’a pas le sens commun et je la retire. Cela m’apprendra à me mêler de ce qui ne me regarde pas. Sur ce, mon cher petit homme, je vous fais mes excuses et je vous adore de toutes mes forces.
J.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
