17 octobre 1861

« 17 octobre 1861 » [source : BnF, Mss, NAF 16382, f. 127], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1767, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon cher petit homme, bonjour je t’aime. J’espère que tu dors encore malgré que je me sois couchéea volontiers au lit. As-tu fait une bonne promenade hier au soir, mon cher petit homme ? Tu n’étais pas rentré au moment où je me suis couchée, ce qui me fait croire que tu as prolongé ton passus avec plaisir malgré la nuit et l’humidité. Peut-être n’était-ce pas très prudent. Quant à moi, je me suis couchée avec confiance et j’ai dormi comme une marmotte jusqu’au matin. Je me suis levée de bonne heure pour avancer un peu le collationnement sur lequel je m’arrête plus qu’il ne le faudrait rigoureusement si je ne faisais que comparer les deux textes, mais j’ai tant de bonheur à relire tout ce livre admirable que je m’arrête à chaque instant pour jouir de l’impression que j’éprouve. Tout cela ne fait pas ton compte et tu serais en droit de me ficher des bons coups pour me faire aller plus vite. Heureusement tu n’es pas là et puis, mon adoré, je crois que mon enthousiasme ne nuit pas à mon travail au contraire. Et j’espère même qu’il n’en sera que mieux fait. Ah ! mon1 Dieu ! j’ai dépassé ma limite ! Qu’est-ce que mon petit Toto va dire ? Je ne sais plus où j’en AI mais je continue jusqu’au bout au risque de me faire bougonner sur ma prolixité. Mon cher petit homme je vous aime plus de quatre cents milliards de pages voire même plus de dix cent mille et je vous baise à jet continu. Pardonnez-moi et battez-moi si vous voulez je ne vous en aimerai que davantage.


Notes

1 Ici, on passe de la 3e à la 4e page de la lettre. Or Juliette avait « promis », la veille, d’être plus brève désormais. Voir lettre précédente.

Notes manuscriptologiques

a « couché ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo termine Les Misérables en Belgique. Juliette copie avec délices.

  • 16 janvierHugo se laisse pousser la barbe.
  • 25 mars-3 septembreVoyage à Londres, puis en Belgique et en Hollande et dans les environs ; séjour à Mont-Saint-Jean, à l’hôtel des Colonnes. Hugo quitte parfois Juliette pour rendre visite à sa famille à Bruxelles.
  • 20 décembreHugo consent au mariage de sa fille avec le lieutenant Pinson.