« 28 janvier 1861 » [source : BnF, Mss, NAF 16382, f. 26], transcr. Amandine Chambard, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6528, page consultée le 26 janvier 2026.
Guernesey, 28 janvier 1861, lundi matin, 8 h.
Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour, santé, bonheur, amour. Comment va ta gorge ce matin et comment as-tu passé la nuit, mon pauvre petit souffreteux ? Si j’en devais juger d’après ma propre nuit, tu n’aurais pas beaucoup dormi et tu serais assez fatigué et agacé ce matin. Mais j’espère que tu auras été plus heureux que moi et j’en suis d’avance bien contente et bien dédommagée si cela est. Malheureusement je n’en suis pas sûre voilà pourquoi je reste toute grimaude et assez tourmentée de la pensée que tu as pu passer une mauvaise nuit de ton côté. Je voudrais être plus vieille de trois heures pour savoir à quoi m’en tenir sur ce qui intéresse le plus mon cœur : ta santé. Le temps est si humide et si lourd qu’il semble qu’on soit dans une étuve et c’est à peine si je vois assez pour t’écrire tant le brouillard est épais. Peut-être n’est ce pas un mauvais temps pour ta gorge ? Je le voudrais mais j’en doute. Enfin il faut le subir ce temps bon ou mauvais puisque nous n’avons pas le choix et que tu n’as pas encore fini Les Misérables. Cependant si ton mal de gorge persistait peut-être serait-il sage d’aller tout de suite les finir ailleurs avec toute la maisonnée, moi comprise, puisque tu veux bien que je ne me sépare jamais de toi. Il me semble qu’il vaudrait mieux prendre ce parti plus tôt que plus tard du moment où ce déplacement est jugé nécessaire à ta santé générale. Quant à moi je ne différerais pas d’une minute pour faire ce qu’il faut pour te guérir tout de suite. Il est vrai que pour moi tous les autres intérêts disparaissent devant celui-là et que je ne vois qu’une chose : ta santé et mon amour.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo termine Les Misérables en Belgique. Juliette copie avec délices.
- 16 janvierHugo se laisse pousser la barbe.
- 25 mars-3 septembreVoyage à Londres, puis en Belgique et en Hollande et dans les environs ; séjour à Mont-Saint-Jean, à l’hôtel des Colonnes. Hugo quitte parfois Juliette pour rendre visite à sa famille à Bruxelles.
- 20 décembreHugo consent au mariage de sa fille avec le lieutenant Pinson.
