« 2 août 1858 » [source : BnF, Mss, NAF 16379, f. 202], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5541, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 2 août 1858, lundi matin, 8 h.
Bonjour, mon doux bien-aimé, bonjour, mon cher petit convalescent, bonjour, bon
réveil et bonne journée je t’envoie à travers ce bonjour si banal, bonjour je t’adore.
Ainsi que je te l’avais fait dire
hier, j’ai eu tous les Marquanda renforcés du gros Lefebvre et de Mme Ménage, plus les petits Préveraud et le bon docteur qui m’a apporté de très
bonnes nouvelles de toi, ce qui m’a rendu si heureuse que j’en ai été presque aimable
tout le reste de la soirée. Cependant, je ne sais pas si c’est d’avoir causé de tes
douleurs passées mais j’ai eu une horrible nuit d’insomnie et de cauchemars dont tu
étais l’unique objet. Ce matin, je suis très fatiguée et un peu souffrante mais je
compte sur de bonnes nouvelles de toi dans la matinée pour me remettre en force et
en
gaîté. En attendant, je compte ce qui me reste d’heures encore à attendre pour te
serrer dans mes bras et te baiser de la tête aux pieds. C’est bien long pour mon
impatience, mon pauvre bien-aimé, mais je n’en murmure pas si tu mets le temps à
profit pour te guérir tout à fait.
a « Marquands ».
« 2 août 1858 » [source : BnF, Mss, NAF 16379, f. 203], transcr. Anne-Sophie Lancel, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5541, page consultée le 25 janvier 2026.
Guernesey, 2 août 1858, lundi soir, 7 h.
Cher adoré, je suis un peu souffrante, mais c’est moins que rien et j’ai prié Kesler de ne pas même t’en parler. Seulement, je suis forcée d’enrayer la faconde de mes beaucoup trop nombreux restitus. Ce n’est pas un mal pour toi, au contraire, mais pour moi c’est une privation plus sensible que je n’ose le dire que de ne pas te gribouiller mon cœur depuis le matin jusqu’au soir. Du reste, voici le moment qui approche où j’aurai mieux à faire que de t’ennuyera de mes élucubrations car j’espère te voir bientôt et de très près. En attendant, je te trouve très joli sous ton chapeau de paille et dans ton grand châle et surtout très geai, le good Marmontel1 aidant. Tâche de passer une bonne nuit, mon bien-aimé, de mon côté je vais me mettre au lit même avant le retour de Kesler car je suis tout à fait patraque. Bonsoir, mon adoré, je souffre mais je te souris. Dors bien. Je t’aime.
1 L’allusion reste à élucider.
a « ennuier ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo réchappe d’un grave anthrax, qui l’immobilise et l’empêche de voir Juliette, follement inquiète, pendant plusieurs semaines.
- 11 avrilJuliette Drouet visite Hauteville-House. Expérience déprimante.
- 3 juillet-4 octobreHugo est atteint d’un grave anthrax qui manque de l’emporter. Pendant des jours, Juliette est privée de sa vue, et obtient de ses nouvelles via les servantes, et leur médecin qui l’informe.
