« 10 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 201-202], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9703, page consultée le 25 janvier 2026.
10 h. ¾ du matin, 10 décembre [1835], jeudi
Bonjour, mon adoré, bonjour, cher petit ange. Je t’écris bien tard mais c’est que
j’ai beaucoup souffert cette nuit, et que je souffre encore beaucoup à présent. A
peine as-tu été parti que j’ai eu des coliques à croire que j’étais empoisonnée. Mais
la bonne, à qui j’ai demandé si elle avait eu des coliques dans la nuit, m’a répondu
que non. Il faut bien que j’accepte les miennes pour moi seule. J’ai beaucoup
souffert, et pendant plus d’une heure. Enfin, je me suis endormie en pleurant et
chaque fois que je me réveillais, je sentais les mêmes douleurs à l’horizon. Je me
suis levée ce matin pour ouvrir la porte et aussitôt mes coliques m’ont reprisea avec autant d’intensité qu’hier
dans la nuit. Je commence à croire que le froid y est pour quelque chose. Je viens
de
me faire des remèdes. Nous verrons l’effet qu’ils me feront.
Je te demande
pardon, mon cher petit homme, de t’écrire toutes ces bêtises-là, mais tu veux toujours
être instruit de tout et j’ai cru que j’étais obligée de te donner tous ces détails.
Mon cher adoré Toto, je vous aime, je vous adore, vous le savez bien. Et vous
savez bien aussi que je compte avec tristesse toutes les minutes qui s’écoulent loin
de vous. Faites donc tout votre possible pour que je vous voie plus tôt qu’à
l’ordinaire. Et je serai bien contente et bien heureuse, et je n’aurai plus de bobo,
et je serai bien geaie, et je vous baiserai cent
mille millionsb de fois
sur vos belles joues antiques et sur votre jolie bouche rose et partout où je
trouverai la place d’un baiser.
Juliette
a « m’ont reprises ».
b « cent mille million ».
« 10 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 203-204], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9703, page consultée le 25 janvier 2026.
10 décembre [1835], jeudi soir, 8 [h.] ¾
Je vous écris avec du papier tout neuf, avec une plume toute fraîche taillée, et avec
un cœur tout pris d’amour pour vous, mon cher petit Toto adoré. Vous êtes bien bon,
bien bon d’être venu de bonne heure aujourd’hui ; et de ne vous en être allé que
passéea l’heure ordinaire. Si vous
saviez la joie que vous avez causéeb à
votre pauvre victime…cVous seriez bien content de vous.
Comme l’appétit vient en
mangeant surtout en amour, je désire que vous terminiez dignement la journée en venant
tout de suite après votre dîner. Si vous faisiez cette bonne action, je ne sais pas
ce
que je ferais de miraculeux pour vous témoigner ma reconnaissance. Je ferais tout
ce
que vous voudriez : j’espère que je ne lésine pas en fait
de récompense.
Mon cher chéri petit homme, je vous aime tous les jours plus. Je
voudrais avoir toutes les bouches du monde pour vous le dire et ce ne serait pas
encore assez. Je voudrais avoir tout l’esprit du monde pour vous dire combien je vous
admire et ce ne serait pas trop. Enfin, je déraisonne de toute la force de mon amour
parce que rien ne porte plus à la tête que ce genre d’enivrement.
Si vous êtes
bien amoureux, vous viendrez tout de suite. Si vous êtes bien bon, vous me plaindrez
dans le temps que vous serez absent, et si vous êtes bien sage, vous ne travaillerez
pas cette nuit puisque cela vous donne des coliques. Enfin, vous ferez tout ce que
je
voudrai et vous serez où je vous désire. Auprès de moi.
Juliette
a « causé ».
b « causé ».
c Des points de suspension courent jusqu’au bout de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
