« 23 janvier 1848 » [source : MVH, 7844], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4552, page consultée le 25 janvier 2026.
23 janvier [1848], dimanche matin, 10 h.
Bonjour, mon Toto aimé, bonjour mon bonheur, bonjour et bonheur à toi et à tous les
tiens. Je commence ma journée un peu tard sans que ma nuit en ait été plus longue
pour
cela car il est impossible d’imaginer les bruits d’allées et venues qui se font
entendre dès six heures du matin depuis que cette pauvre femme est morte1.
Je suis courbaturée quand je me lève autant que si j’avais passé la nuit sans me
coucher. Mais cela ne peut pas continuer longtemps et j’aurais mauvaise grâce de m’en
plaindre. Mais toi, mon petit homme, comment vas-tu ? As-tu du feu dans l’endroit
où
tu soupes le soir ? Pauvre être résigné, cher doux amour, je ne peux pas penser à
toi
sans me sentir le cœur plein de pitié et d’admiration. Les larmes me viennent aux
yeux
et mes poumons se gonflent comme si je voyais souffrir ta belle âme. Je ne peux pas
te
dire ce qui se passe en moi mais je sens que je te plains et que je t’aime avec tout
ce que j’ai de plus sensible et de plus tendre en moi.
Cher adoré, je veux que tu
aies du feu pendant que tu manges ton souper froid. Il ne faut pas non plus pousser
l’héroïsme jusqu’au martyr cela n’est pas nécessaire. Ce qui importe c’est que tu
ne
souffres pas, c’est que tu conserves ton admirable santé, c’est que tu m’aimes comme
je t’aime.
Juliette
1 Le service funéraire de Mme Burgot doit avoir le lieu le lendemain.
« 23 janvier 1848 » [source : MVH, 7845], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4552, page consultée le 25 janvier 2026.
23 janvier [1848], dimanche soir, 4 h.
Tu vas bientôt venir, n’est-ce pas, mon bien-aimé ? J’ai tant besoin de te voir que
je compte les minutes avec la même inquiète impatience que si c’était des heures.
Où
es-tu à présent, mon Toto ? Est-ce que par hasard tu te promènes ? Quel courage. Quant
à moi je ne l’aurais que pour aller te trouver. [illis.] de là je ne me sens que le
courage de rester au coin de mon feu et de n’en pas sortir. Voilà tout ce dont je
suis
capable. Demain cependant il faudra bien aller à la messe de cette pauvre Mme Burgot. J’ai
reçu le billet de faire-part qui indique que ce sera pour 11 h. du matin. On l’a
embaumée tantôt. C’est probablement pour cela qu’on ne l’a pas enterrée aujourd’hui.
Demain donc je sortirai pour cette lugubre cérémonie. Je serai de retour probablement
vers midi. Je te le dis d’avance pour le cas où tu viendrais afin que tu saches à
quoi
t’en tenir.
Je dînerai de très bonne heure ce soir pour donner congé à Suzanne qui désire aller voir sa cousine. Je compte
sur toi pour me tenir COMPAGNIE. Voime, voime,
Toto est un très aimable compagnon, je m’en fiche. Cependant tel qu’il est, il fait
ma
joie et mon bonheur et je serais bien attrapéa s’il ne venait pas ce soir de bonne heure. J’y compte tant que
je peux et je le désire de toutes mes forces. À preuve que je l’aime de toute mon
âme
et que je le baise de tout mon cœur.
Juliette
a « attrappé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
