« 7 mars 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 159-160], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5262, page consultée le 25 janvier 2026.
7 mars 1845, vendredi matin, 11 h. ½
Bonjour, mon petit Toto chéri, bonjour, mon petit homme adoré, bonjour,
comment que ça va ? As-tu bien chaud ce matin ? Pour moi qui viens de
détendre du linge geléa
dans le bûcher, j’ai une onglée si soignée que je ne sens pas mes doigts
depuis plus d’une demi-heureb. J’attends demain avec impatience pour savoir
si la nouvelle lune nous sera plus clémente que cette vilaine-ci. Outre
l’ennui d’avoir le nez rouge et le supplicec de l’onglée, je tremble, si cela continue, de n’avoir pas
encore assez de bois d’ici au beau temps. Tu pensesd alors maintenant
combien je m’intéresse à la température. Tu as oublié ta canne cette
nuit, mon Toto. J’en ai été fâchée, car je n’aime pas à te savoir errant
au milieu de la nuit sans aucune arme défensive. Quand tu viendras, tu
la trouveras. Je vais me hâter de faire ton eau pour les yeux pour que
tu puisses{« tu puisse »} les baigner dans de l’eau nouvelle. De ce
temps-ci, rien ne se fait vite et rien qu’à grand renfort de bois et de
charbon. J’en reviens toujours à mon mouton mais vraiment, c’est un
temps absurde.
Jour, Toto, jour, mon cher petit
o, Papa est bien i, surtout s’il vient passer la soirée avec sa pauvre Juju et s’il
n’emploie pas tout son temps à faire des tables à ses volumes. Je
l’embrasserai de tout mon cœur et de toutes mes forces. En attendant, je
l’adore.
Juliette
a « gelée »
b « une demie-heure »
c « le suplice »
d « tu pense »
« 7 mars 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 161-162], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5262, page consultée le 25 janvier 2026.
7 mars 1845, vendredi après-midi, 4 h. ¼
Tes pauvres yeux sont bien fatigués, mon Toto. Le froid doit contribuer
aussi beaucoup à augmenter leur irritation. Tu devrais, pendant le temps
de ces grandes gelées, ne pas autant travaillera. Je
sais bien que tu es pressé de toute part, mon Victor adoré, mais le plus
pressé selon la raison serait de ménager tes pauvres beaux yeux adorés.
Toutes ces recommandations ont l’air de banalités à force de se répéter,
mais tu sais, mon pauvre ange bien aimé, que je te les fais du plus
profond de mon cœur et avec le plus grand désir que tu puissesb les mettre à profit.
Si on pouvait donner son sang pour ceux qu’on aime, il y a longtemps
déjà que je n’en aurais plus une goutte dans les veines.
Tu ne m’as
pas dit, mon cher bien-aimé, si tu allais chez ton beau-père ? Je pense
que cela ne t’empêchera pas de venir m’embrasser une petite fois à
l’heure du dîner et de passer la fin de ta soirée auprès de moi ?
D’ailleurs je sais un moyen : pendant longtemps je ne faisais que bisquer et que RAGER
sans succès. Maintenant, je mange du fromage
et vous venez tout de suite. Aussi j’en ai fait faire aujourd’hui même
une fameuse provision. Vous ne risquez rien. Vous serez souvent en route
pour la rue Sainte-Anastase si je dévore ce morceau de fromage sans
interruption. J’ai bien envie de commencer tout de suite mais je
craindrais d’abuser de sa vertu. Je la réserve
pour les grandes occasions. En attendant, je vous
aime et vous resaime de tout mon
cœur.
Juliette
a « autant autant travailler »
b « tu puisse »
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
