« 29 mars 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 317-318], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6344, page consultée le 24 janvier 2026.
29 mars [1839], vendredi, midi ¼
Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour, mon petit homme. Je vous fais compliment de votre exactitude, et je vous demande mille fois pardon de l’injure que je vous ai faite cette nuit en cherchant à vous retenir SOUS PRETEXTE que vous ne REVIENDRIEZ PAS. Une autre foisa, je vous laisserai aller sans vous retenir, sûre que je serai que vous ne voulez pas vous moquerb de moi. Ainsi soit-il. Voime voime. Comment vas-tu ce matin, mon cher petit homme ? Comment vont tes chers petits boyaux ? Si vous n’aviez pas été bête comme un ours, vous seriez venu cette nuit vous faire soigner par moi mais vous seriez bien fâché de me donner ce bonheur, vous aimezc mieux vous tortiller dans votre coin comme un rat empoisonné que de venir vous faire dorloterd et aimer par une pauvre femme qui vous adore. TAISEZ-VOUS ! Et si vous ne me négociez pas mon affaire avec Mlle Dédé vous aurez affaire à moi. Et ce ne sera pas très drôle. N’oubliez pas que c’est demain que vient le MANIÈRE et qu’il faut que vous soyez là pour lui bien expliquer la chosee. Je suis fâchée que cela vous force à venir chez moi une fois de plus que vous n’auriez voulu, ce n’est pas ma faute et je vous prie de ne pas m’en vouloir et de me laisser me fiche de vous à mon aise car vous le méritez que de reste. [Ah ti’un ! ah ti’un ! ?] Donnez votre vec et baisez-moi de tout mon cœur. Soyez bon, soyez i et surtout ne soyez plus si RARE. Je souffre toujours, moi. J’ai bien du bobo dans mes pauvres reins, c’est bien triste et bien malheureux surtout si je n’en meursf pas. Enfin Dieu est grand et je vous aime de toute mon âme.
Juliette
a « autrefois ».
b « moquez ».
c « aimer ».
d « dorlotter ».
e « choses ».
f « meure ».
« 29 mars 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 319-320], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6344, page consultée le 24 janvier 2026.
29 mars [1839], vendredi soir, 8 h. ½
Mon cher petit bien-aimé, je pense à toi. Je t’aime. Je t’adore. J’ai sur l’âme ton
dernier regard, j’ai sur les lèvres ton dernier baiser. Je suis dans la joie parce
que
je vais accabler mes deux petites filles de mes BIENFAITS. QUEL BONHEUR !!!!!!!!!a Et puis si j’ai mon amulette je serai à la joie de mon cœur car j’y
attache une superstition d’AMOUR. Oui, mon Toto, je me figure que la Notre-Dame DEL
PILAR1 doit nous porter bonheur et c’est ce qui manque à notre amour
depuis longtemps. Du moins celui sans lequel les autres ne sont que des LUNES non
éclairées.
J’espérais, mon Toto, qu’ayant vu PLUSIEURS HOMMES tantôt en face de
la maison vous monteriez faire votre garde et je me réjouissais dans mon cœur du
heureux hasard qui me procurerait le bonheur de vous voir une fois de plus dans la
soirée, mais hélas j’avais compté sans mon autre2 et pour la première
fois de ma vie je trouve votre confiance très déplacée. Jour mon petit o. Jour mon gros To.
Nous irons acheter quelque chose à RUY BLAS, voime voime, mais ce n’est pas pour de rire. Je baise
tes petits pieds, je les mets dans ma poitrine pour les réchauffer. Aimez-moi, pensez
à moi et ne me laissez pas vous désirer jusqu’à minuit.
Juliette
1 Dans Hernani, à l’acte III, scène 3, Hernani déguisé en pèlerin dit a Don Ruy Gomez qu’il se rend à Saragosse pour honorer Notre Dame Del Pilar.
2 Compter sans son hôte : ne pas tenir compte des circonstances extérieures.
a Les 9 points d’exclamation courent jusqu’à la fin de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
