« 18 mai 1848 » [source : MVH, 8088], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4864, page consultée le 24 janvier 2026.
18 mai [1848], jeudi matin, 8 h.
Bonjour réactionnaire, bonjour homme féroce qui mettez votre bonheur à me couvrir de rhumatisme et votre joie à vous moquer, bonjour. Je ne vous reconnais pas pour un bon citoyen et je vous dénonce au gouvernement, à la patrie et à tout l’univers comme le plus montagnard des [illis.] et le plus blanquiste des Barbès. Maintenant vous connaissez leur sort1. Taisez-vous et laissez-moi frotter mes douleurs. Avec tout cela le rappel bat sans interruption depuis une heure. Je ne sais pas ce que cela veut dire mais je ne m’en inquiète pas. Je finis par me blaser sur ce genre d’émotions et je verrais Paris à feu et à sang que je crois que je serais tranquille. À force de paniquesa rentrées, et de venettes2 comprimées je finis par devenir brave… à la manière des lièvres qui tirent des coups de pistolet. Voime, voimechichi est drès praffe ça vai beur3. Que je vous voie dire le contraire vous et vous aurez affaire à moi.
Juliette
1 Le 15 mai 1848, les chefs de l’opposition républicaine, Blanqui, Albert, Raspail, et Barbès ont été arrêtés après avoir sollicité une manifestation en faveur du peuple polonais, alors écrasé par les forces prussiennes et autrichiennes. La chute du gouvernement a été évitée, et les leaders des démocrates-socialistes arrêtés.
2 Terme bas et populaire qui désigne la peur, l’inquiétude, l’alarme. (Littré.)
3 Juliette Drouet retranscrit ici avec un accent étranger la phrase suivante : « Juju est très brave ça fait peur. »
a « panique ».
« 18 mai 1848 » [source : MVH, 8089], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4864, page consultée le 24 janvier 2026.
18 mai [1848], jeudi, midi ½
Le temps est hideux cependant si tu veux m’emmener je ne demande pas mieux. J’ai tiré ma vieille casquette de veloursa exprès de son carton pour pouvoir vous accompagner malgré vent et marais1 et même au besoin je pourrai vous donner séance sous les ombrages frais tant que vous voudrez parce que je m’habillerai pour cela. En attendant je fais tous mes triquemaques et je vous aime à bride abattue. Jour Toto, jour mon cher petit o, je t’aime et je te pardonne toutes tes méchancetés. D’abordb tu m’as promis une culotte très prochainement. Cet espoir suffit pour me donner une grande dose d’indulgence et de générosité. Aussi je te pardonne à droite et à gauche et tant que tu voudras pourvu que la culotte soit au bout de tout cela. Si mon espérance devait être déçue encore une fois il n’y aurait pas de garde nationale, quelque mobile qu’elle soit, qui puisse vous mettre à l’abri de ma juste indignation. De même qu’il n’y aura pas assez de lampions et de feux de joie pour vous témoigner les MIENS et la MIENNE si vous me tenez parole. D’ici là je vous baise [illis.]
Juliette
1 Jeu de mots autour de l’expression « vents et marées ». Le Marais désigne ici le centre modéré de l’Assemblée.
a « velour ».
b « Dabord ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
