« 9 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 85-86], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.700, page consultée le 24 janvier 2026.
9 février [1836], mardi matin, 10 h. ¼
Bonjour mon cher bien aimé, comment as-tu passé le reste de cette nuit ? Moi, grâce
au bon mouvement que tu as eu, j’ai passé une assez bonne nuit. Ce matin, je t’aime
comme à l’ordinaire sinon plus. Il y a beaucoup de choses injustes et exagérées que
je
t’ai dites hier, et que je rétracte ce matin. Cependant la résolution que je t’ai
manifestée tient plus que jamais dans mon esprit. Je ne vois pas d’autre moyen de
nous
soustraire tous les deux à des soupçons odieux et révoltants pour l’un comme pour
l’autre. Ceci, mon cher bien-aimé, c’est de l’amour, mais c’est de l’amour BLESSÉ
dans
ce qu’il a de plus saint et de plus sacré. Je voudrais qu’à partir d’aujourd’hui nous
n’en reparlions plus, c’est un sujet trop triste, pour moi du moins. La journée
s’annonce aussi belle aujourd’hui que celle d’hier, seulement sa beauté sera dans
son
ciel au lieu qu’hier elle était dans tes yeux et dans mon cœur.
Je vais me
lever, quoique je sois très fatiguée mais je pense que tu viendras me chercher pour
courir les appartements et je veux être toute prête.
Je t’aime mon bien-aimé. Je
t’aime d’un amour bien profond et indéracinable. Je te le prouve tous les jours et
à
toutes les heures de la journée. Je t’aime. Sois heureux, sois content car je t’aime
de toute mon âme.
Juliette
« 9 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 87-88], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.700, page consultée le 24 janvier 2026.
9 février [1836], mardi soir, 8 h.
Je n’ai pas encore dîné, mon cher petit homme, parce que le feu n’était même pas
allumé lorsque je suis rentrée. Au reste cela m’est d’autant plus égal que je sais
que
tu ne viendras pas me chercher pour aller voir Lucrèce ni
pour autre chose encore moins.
Mon cher petit
bien-aimé, je te laisse tout à fait maître de décider pour le logement. Celui que
tu
choisiras sera le mieux, quel qu’il soit. Seulement, je te ferai observer que dans
l’état de gêne excessive où nous sommes et où nous serons le
loyer de 600 F. par an plus 46 F. pour le demi-terme me
paraît écrasant. Ensuite, la question du passe-partout n’étant pas approfondie, il
serait fort triste d’avoir un désappointement de ce côté une fois liés. Enfin, mon
pauvre ange, pensez-y et faites.
Je t’aime mon Toto, je ne t’ai jamais plus aimé
qu’à présent. J’ai bien vu la jolie petite mine que tu m’as faite tantôt en rentrant.
Si je ne te réponds pas au PHYSIQUEa je
te réponds dans le fond de mon cœur, n’est-ce pas la même
chose ?
Je t’embrasse mon adoré, je t’aime, je t’aimerai jusqu’à la fin de ma
vie, ici et ailleurs.
Viens vite si tu peux, pense à moi si tu m’aimes.
Juliette
a « phisique », le mot est souligné deux fois.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
