1 février 1836

« 1 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 57-58], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.690, page consultée le 02 mai 2026.

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Bonjour mon cher petit Toto bien aimé, bonjour mauvais sujet, bonjour coureur de bals, bonjour. Nous avons été fièrement heureux, c’est dommage que ça n’a pas duré longtemps. J’espère que vous n’avez pas travaillé longtemps après m’avoir quittée, pour ne pas trop vous fatiguer.
Que je vous aime mon Toto. Je ne peux vous dire que cela parce que je ne sens que cela. Je vous aime mon cher petit bonhomme. L’huissier du billet d’hier vient d’apporter sa carte. C’est Turlurette qui l’a reçue. Je ne m’en émeus pas autrement. Si tu pouvais venir me prendre pour aller chez cette propriétaire, peut-être ferions-nous bien de voir encore une fois l’appartement pour nous assurer quel parti nous en pouvons tirer et pour être sûr que les tableaux pourront y tenir, après quoi nous pourrons voir la propriétaire. Je continue à avoir mal à la tête. Pourtant nous avons usé du fameux remède, peut-être faut-il le recommencer plusieurs fois et d’une manière très suivie. Vous seul êtes juge de cela, mon cher petit docteur APOTHICAIRE.
Je vais me lever, me dépêcher de faire mon ménage comme si vous deviez être le prix de ma diligence. Si vous venez de bonne heure, je ne serai pas du tout lasse et je n’aurai presque pas mal à la tête. Si vous venez tard, je serai tout cela. Je vous aime.

J.


« 1 février 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 59-60], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.690, page consultée le 02 mai 2026.

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Bonsoir mon Toto bien aimé. Je vous aime mon Toto chéri. Nous venons de dîner, et puis, moi, je me suis cogné le bras au coupanta de marbre de la cheminée. J’ai cru que j’avais le bras cassé et à l’heure qu’il est la douleur est encore très vive. Je vous assure mon Toto que j’avais fait une excellente soupe et que ces petites goistapiouses1 s’en sont léchéb les barbes jusqu’aux yeux. Je me décore de plus en plus du cordon bleu dont Mlle Victoire est la déesse.
J’oubliais de vous dire que j’ai reçu une lettre de M. Pradier mais que je n’ai pas ouverte toujours par déférence pour votre jalousie supposée. J’ai beau prêcher d’exemple, vous n’en faites pas autant pour moi, témoins Mmes Turlututu et autres dont vous m’apportez les missives après en avoir extrait tout le POISON ENIVRANTc (ROCOCO). Enfin, c’est égal, je fais loyalement mon devoir d’amoureuse, tant pis pour ceux dont la conscience se charge de crimes et de trahisons.
Dites-donc, mon Toto, vous savez que je vous adore ? Vous savez que vous êtes toute ma richesse, tout mon avenir. Vous savez qu’il me faut votre amour pour vivre et votre personne adorée pour vivre heureuse.
Si vous êtes bien conseillé, vous viendrez ce soir très tôt. Je vous baiserai bien et je vous caresserai à deux genoux. Je t’aime tant mon Toto.


Notes

1 Féminin de goistapiou, qui signifie « garnement ».

Notes manuscriptologiques

a « coupant ».

b « lécher ».

c « doublement souligné ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.

  • JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
  • 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
  • 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
  • 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
  • 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
  • 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
  • 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.