« 8 novembre 1846 » [source : MVH, α 7818], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1303, page consultée le 01 mai 2026.
8 novembre [1846], dimanche soir, 9 h. ½
J’espère encore que tu reviendras ce soir, mon doux bien-aimé, il me semble
impossible, d’après le désir et le besoin que j’ai de te voir, que tu
[ne] reviennes pas. Aussi je t’attends presque avec confiance. Et d’abord que dirait ton pauvre petit raisin si tu ne
venais pas le manger ce soir ? Tu vois bien que pour lui et pour moi il faut
absolument que tu viennes, et nous y comptons bien tous les deux.
Je n’avais pas
eu le temps de t’écrire dans la journée quand Eugénie est arrivée avec son mioche. Je n’ai pas voulu lui tourner le
dos pour le peu de temps qu’elle avait à rester ce soir car elle s’est en allée de
très bonne heure. La pauvre femme était d’ailleurs assez triste comme c’est assez
son
habitude. Il paraît qu’elle a fait cette tentative que tu sais auprès de M. Vilain, lequel, tout en lui faisant de bonnes
promesses pour l’avenir, n’a pas voulu entendre parler mariage. C’était en effet un trop gros quine pour
espérer qu’il sortirait à la première sommation. Je ne pense même pas qu’il sorte
jamais pour elle, la pauvre femme, et elle ne s’y attend pas non plus. Trop heureuse
si cette liaison ne se rompt pas contre la première pierre d’achoppement venue, et
Dieu sait qu’il n’en manque pas, de pierres d’achoppement. Enfin il faut bien qu’elle
se résigne puisqu’elle n’a pas le choix d’une meilleure position. Elle espère que,
tant que tu voudras bien lui faire l’honneur de t’intéresser à lui, il ne pourra pas
se séparer d’elle. Fasse Dieu que ce ne soit pas une illusion. Quant à moi, je le
lui
souhaite de tout mon cœur et je te prierai de continuer tes bontés à ce jeune homme
tant que tu le pourras.
Maintenant, mon cher adoré, que j’ai fait de la
reconnaissance et du dévouement pour ces deux pauvres gens, je viens parler pour moi.
Je viens vous reprier et vous resupplier de venir ce soir, n’importe à quelle heure.
Si tu ne viens pas, mon Toto, je passerai une très mauvaise nuit et je pleurerai
malgré moi. Tâche donc de venir ne fût-cea qu’une minute. Le temps seulement de manger ton raisin et de me
donner un bon gros baiser. D’ici là, je vais faire bien des vœux et bien des prières
pour que tu viennes, et amasser bien des tendresses et bien de l’amour pour te le
donner.
Juliette
a « fusse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
