« 22 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 285-286], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12289, page consultée le 25 janvier 2026.
22 décembre [1845], lundi matin, 10 h. ¼
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, mon adoré petit homme, bonjour,
mon pair de France, bonjour, vous qui n’êtes pas maire et qui avez des
enfants, bonjour, vous, bonjour, toi, bonjour, tout ce qui me plaît et
tout ce que j’aime le plus au monde. Je voudrais bien sortir avec vous
si vous vouliez m’emmener. Il fait presque beau et j’aurais tant de
bonheur à courir les rues avec vous que vous seriez bien gentil de faire
tout votre possible pour me faire sortir soit aujourd’hui, soit un autre
jour.
Voilà ma péronnelle
rebouclée jusqu’à l’année prochaine. Je lui ai fait tous les sermons que
je pouvais lui faire indirectement puisque je ne pouvais pas aborder la
question franchement. Je ne sais pas ce que cela deviendra, l’important
est qu’elle se maintienne honnête et pure. Je n’ai pas une confiance
aveugle dans l’indulgence et la bonté de Mme Marre. Je fais
bien la part de son caractère et celui de ma fille. Ce sont deux
femelles qui se ressemblent trop pour ne pas se piquer mutuellement.
Quand cela deviendra trop fort, je la remettrai avec sa sœur la douce et
digne Mlle Hureau. Mon regret le plus vif est qu’elle ne soit pas
toujours restée avec elle. Pardon, mon Victor, je te dis là des
rabâcheries inutiles et que tu sais aussi bien que moi. Tout cela pour
ne pas te dire toujours la même chose, c’est-à-dire que je t’aime de
toute mon âme.
Juliette
« 22 décembre 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16361, f. 287-288], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12289, page consultée le 25 janvier 2026.
22 décembre [1845], lundi soir, 4 h. ½
Mon cher petit bien-aimé, ma pensée, mon cœur, mon âme sont avec toi,
mais tu ne me donnes rien en échange de tout cela, ce qui fait que je
suis bien triste et bien seule. Je t’attends malgré l’affreux temps
qu’il fait parce que je sais que ce n’est pas un obstacle à ce que tu
sortes, au contraire. Je t’attends, mon Victor, ce mot dit tout ce qu’il
y a en moi de souffrant et d’impatient, de triste et de tendre. Je
t’attends et je t’aime.
Je n’ai pas trouvé ta jolie petite clef.
J’aurais été pourtant bien heureuse de te la rendre. J’espère qu’on
l’aura retrouvée chez toi, quoique tu craignissesa hier de l’avoir
perdue dans la rue. Si j’en avais une qui pût te servir et qui fût
encore plus jolie que l’autre, je te la donnerais tout de suite, mais je
n’en ai pas. Je n’ai que mon grand couteau et ma belle guipure que je
.......bgarde ! Je n’ai pas du tout besoin de me
[dépouiller ?] pour vos beaux yeux, d’autant plus que
ce n’est plus pour moi qu’ils reluisent. Je ne vous donne pas de jolie
clef parce que je n’en ai pas. Je ne vous donne pas de grand couteau et
de belle guipure parce que je les garde. Ainsi vous avez le choix, mais
surtout dépêchez-vous de venir, car j’attends après vous pour vous
baiser sur toutes les coutures et autre part encore. Je vous adore.
Juliette
a « tu craignisse ».
b Huit points / tirets séparent le sujet du verbe.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
