6 octobre 1844

« 6 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 219-220], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5515, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, crudel tyrano1, bonjour, vous, bonjour, toi, comment vas-tu ce matin ? As-tu bien rêvé de Mme de GROS TAMBOUR2 ? Étais-tu le plus heureux des hommes en songe en attendant l’énorme réalité ? Je voudrais savoir cela tout de suite. Dépêchez-vous donc de venir bien vite me donner la suite de votre bonheur et me dire si gros tambour jouera de votre FLÛTE. Moi qui n’ai pas de bonnes fortunes, je fais des rêves fort peu gracieux et qui ressemblent un peu trop à ma vie réelle….a Pauvre ange adoré, je blasphème. Je ne veux pas me plaindre car je suis la plus heureuse des femmes en dépit des rêves. Je me souviens des caresses si douces et si tendres d’hier au soir et je me crois revenue aux premiers beaux jours de notre amour. Non, je ne suis pas malheureuse, non, non, mille fois non, puisque tu m’aimes et je ne peux jamais l’être, quoi qu’ilb arrive, tant que tu m’aimeras.
Je voudrais te voir en ce moment, mon adoré, pour te couvrir de baisers, pour t’aimer et pour t’adorer. Tâche de venir bien vite, je suis impatiente de savoir si tu as pris du repos cette nuit. Je vais faire ta tisanec en t’attendant.

Juliette


Notes

1 Il pourrait s’agir d’une tentative pour « tyran cruel » en italien, ce qui s’orthographierait plutôt « crudele tirano ».

2 À élucider.

Notes manuscriptologiques

a Juliette ponctue de quatre points.

b « quoiqu’il ».

c « quoiqu’il ».


« 6 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 221-222], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5515, page consultée le 01 mai 2026.

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Oh ! que vous êtes un charmant espiègle, mon adoré ! Et que vous faites bien les pieds de nez au Constitutionnel, à Voltaire et au National  !
Oh ! que je vous admire et que je vous aime d’avoir été dans cette bonne ville de Worms1 pour vous y inspirer de cette bonne ironie enfantine et terrible qui tue mieux que la colère la plus violente. Mais, qu’est-ce que je dis donc là, moi, pauvre Juju, cela me sied bien en vérité.
Je ferais bien mieux de défaire et de déranger votre sac de nuit et tout ce qu’il contient que de regarder par dessus votre épaule ce que vous écrivez. Je vous demande bien pardon de mon indiscrétion et je redeviens la pauvre Juju plus que jamais.
Avec tout cela, mon cher adoré, je vous ai à peine vu. Cela ne m’arrange que tout juste. Encore, si j’avais l’espoir que vous reviendrez d’ici à l’heure du dîner, cela me consolerait et me ferait prendre patience. Mais, quand je songe qu’il me faudra attendre jusqu’à onze heures ou minuit pour vous voir un petit quart d’heure, j’ai envie de m’en aller me promener aux Champs-Lysée2 pour voir si j’y suis.
Je vous aime trop, mon Toto, et j’ai la certitude de ne pouvoir pas jamais vous aimer moins. C’est triste. Voime, voime.

Juliette


Notes

1 Worms est une ville d’Allemagne qu’évoque Hugo dans les lettres du Rhin. L’une de ces lettres a pour titre « Worms-Mannheum ».

2 Champs-Lysées est le nom que Hugo a donné a un chat adopté, si l’on en croit les indications données par la lettre du 25 septembre 1844.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.

  • Début octobrePetit voyage avec Hugo.