« 30 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 347-348], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11653, page consultée le 24 janvier 2026.
30 mars [1844], samedi matin, 9 h. ¾
Bonjour, mon petit Toto chéri, bonjour, mon cher petit amour, bonjour, je vous aime.
Il fait un temps ravissant, ceci combiné avec votre ragoûtant
sirop doit vous guérir votre chère petite poitrine dans un temps très court. En
attendant, je vous souhaite bien du plaisir à ce métier-là. Je m’en souhaite aussi
pour mon compte mais pas par le même moyen malheureusement. J’ai besoin pour l’avoir
d’un auxiliaire qui ne s’y prête pas beaucoup. Vous le
connaissez et vous savez si j’ai raison de ne pas compter sur lui. J’aurais plus de
chance à tirer le diable par… son appendice vertébral. Voime, voime, c’est bien vrai. Taisez-vous, vilain
Toto, je ne vous crois pas.
Je vous fais penser, avant qu’il ne soit trop tard,
que je n’ai plus qu’un cahier de papier. Vous savez, mon amour, que je le paie en
détail plus du double que celui que nous achetons à la rame ? Il serait utile d’en
acheter la première fois que nous sortirons, c’est-à-dire qu’il faut se hâter de
sortir. Aujourd’hui il fait trop beau et puis vous n’avez
pas le temps. D’ailleurs, j’ai moi-même mon peignage à fond que je ne remettrais pas
pour toutes les sorties du monde. Crois cela et bois de l’eau, tu n’iras pas de
travers. Je te conseille de ne pas t’y frotter si tu ne veux pas être pris au mot
tout
de suite. Baise-moi, je t’aime, tu le sais trop bien scélérat.
Juliette
« 30 mars 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16354, f. 349-350], transcr. Chadia Messaoudi, rév. Chantal Brière et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11653, page consultée le 24 janvier 2026.
30 mars [1844], samedi soir, 6 h.
Je t’attends, mon Toto, je te désire, mon Toto, je t’aime mon Toto. Voilà l’emploi
de
ma vie depuis un bout de l’année jusqu’à l’autre. Une fois que j’ai tourné dans ce
cercle et que j’ai dit ces trois mots : attendre, désirer, aimer, tout est dit et
fait, je n’ai rien autre chose dans mon sac. C’est un peu monotone mais je n’y peux
rien à mon grand regret.
J’ai envoyé Suzanne savoir des nouvelles de cette pauvre Mme Pierceau et t’acheter des pavots
à la halle, en même temps, parce que tu n’en as plus et qu’il y a plus du double de
bénéfice à les acheter en gros, c’est absolument comme pour le papier. Ce soir je
ferai ta cravatea et je te la
repasserai. Voilà les projets de ma soirée. Ça n’est pas très piquant.
Je sens
que je suis bête comme une oie. J’ai si peur de me laisser aller à quelque bonne
impatience, à quelque extravagante boutade que je me retiens au point de ne dire que
des platitudes et des niaiseries. Vous devez m’en savoir gré car ce n’est pas l’envie
d’être méchante qui me manque, je vous en réponds. Baisez-moi, monstre d’homme, et
aimez-moi ou je vous tue avec mon grand couteau.
Juliette
a « cravatte ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
