« 19 octobre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 223-224], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10771, page consultée le 26 janvier 2026.
19 octobre [1843], jeudi matin, 10 h.
Je me suis levée, mon bon ange, pour veiller moi-même à ce que ta malle fûta enlevée avec soin. J’ai eu le malheur
seulement de dire devant ma stupide servarde au
commissionnaire : on vous donnera vingt sous et voilà
qu’elle les lui a donnés elle-même. J’espère que ce savoyard aura la probité de te
dire qu’il est payé. Dans tous les cas j’envoie Suzanne réclamer les vingt sous. La voici revenue, le commissionnaire a
courageusement refusé l’occasion de se faire payer deux fois. Je demande le prix
Monthyon1 pour ce vertueux Chaudrognac. Je demande aussi que vous veniez
m’embrasser sur toutes mes coutures.
Quel bon petit morceau de bonheur nous avons
agrippé hier, mon cher adoré ! Ce n’est pas de ma faute si nous n’en avons pas plus
souvent. Si vous m’écoutiez, nous en pourrions avoir tous les soirs un pareil. Cher
cher petit homme adoré, vous êtes mon Toto bien-aimé et bien désiré. Quand
viendrez-vous mon petit homme ? Tâchez que ce soit bientôt. J’ai faim et soif de vos
baisers.
Il fait un froid de loup. Il faut prendre garde à vous deux mes chers
petits Toto et ne pas avoir de rhume, ni de maux d’entrailles. Il faut mettre de
bonnes choses chaudes et ne pas avoir froid aux pieds. J’ai écrit à Dabat pour les bottes à Liège. J’attendais Lanvin aujourd’hui mais il ne viendra probablement
pas. Ça m’ennuie parce que cela me tient, comme on dit, le bec dans l’eau. Justement
le voici. Il va aller chercher les papiers. Et moi je t’aime.
Juliette
1 Monthyon : prix de vertu décerné à l’auteur d’un geste héroïque.
a « fut ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
