6 avril 1842

« 6 avril 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 245-246], transcr. Anne-Estelle Baco, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9653, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour mon Toto bien aimé. Bonjour mon Toto chéri. Bonjour, tu es le plus adoré et le plus adorable des hommes. Bonjour je t’aime. Voici un bien beau soleil, mon chéri, et qui fera du bien à tous mes Toto grand et petit. Moi je souffre toujours les mêmes douleurs dont je me plaignais dans ma maladie et mon estomac est très douloureux ce matin1. Je ne sais à quoi cela tient, car je ne fais excès de rien. Peut-être précisément cela tient-il à ma trop grande sobriété en tout, c’est à toi à savoir ça et à y remédier. Toujours est-il que je souffre beaucoup ce matin et que je ne sais comment me tenir pour t’écrire pour ménager mon ventre et mon estomac. Ce serait fort bête et fort ennuyeux s’il fallait recommencer les remèdes et le régime. Je voudrais bien essayer du GRAND REMEDE, j’ai comme une idée que cela me guérira et d’ailleurs cela me sera infiniment agréable et doux. Qu’ena dites-vous, mon Toto ? Essayons toujours, l’essai n’est pas dangereux. En attendant, pauvre adoré, tu travailles toujours comme un petit cheval sans t’arrêter et sans te plaindre tandis que moi je ne fais rien et je grogne. J’en suis honteuse vraiment. Comment faire, mon Toto, pour être bonne et pour être utile ? Tu devrais me l’enseigner et je ferais avec joie ce que tu me dirais. Mon Toto chéri, je t’adore. Je t’aime de toute mon âme, je voudrais baiser tes pieds. Je te désire et je t’attends, mon Toto, tâche de venir bien vite. Pense à moi et aime-moi.

Juliette


Notes

1 Juliette a été malade au mois de février et sort tout juste d’une longue convalescence qui a duré tout le mois de mars.

Notes manuscriptologiques

a « Quand ».


« 6 avril 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 247-248], transcr. Anne-Estelle Baco, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9653, page consultée le 25 janvier 2026.

Je t’ai vu partir avec un sentiment indicible de regret et de tristesse, mon adoré. Tu ne peux pas savoir, mon Toto, à quel point ma vie, ma joie et mon bonheur sont avec toi, [illis.] si tu le savais tu comprendrais mon découragement, mon désœuvrement et mon chagrin dès que tu n’es plus avec moi. J’ai un pressentiment que je ne vivrai pas longtemps et cette pensée me donne encore plus d’impatience, sinon plus d’amour, d’être avec toi, de te voir, de te posséder, de t’admirer, de t’adorer. Je sais bien que tu travailles, mon pauvre amour, je ne le sais que trop1. Aussi n’est-ce pas un reproche que je te fais, c’est une plainte sur l’affreuse nécessité qui t’oblige à travailler sans relâche pour moi2. Mon pauvre adoré, je t’aime trop, je ferais mieux de t’aimer moins, mais ce mieux-là est tout bonnement impossible, il faut m’accepter comme ça, mon adoré, avec ton indulgence et ta bonté accoutumée et m’aimer d’autant plus que je souffre. Quand te verrai-je mon Toto ? Pourvu que ce soit bientôt. En attendant, je baise tes petits pieds ravissants.

Juliette


Notes

1 Victor Hugo assistait le jour même à la réunion de la Commission dramatique de la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques. Le 3 avril, il a été élu nouveau membre de la Commission à la majorité absolue.

2 Dans la nuit du 17 au 18 novembre 1839, Juliette et Victor Hugo ont célébré leur « mariage d’amour » qui a scellé le « contrat » de leur relation : Hugo s’engage à subvenir aux besoins de Juliette jusqu’à la fin de ses jours et à rembourser les dettes qu’elle avait contractées avant de le rencontrer ; en échange, elle renonce à sa carrière d’actrice et peut quitter son logement seulement en la compagnie son amant.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.

  • 12 et 28 janvierLe Rhin.
  • Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
  • 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.