« 8 mai 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 131-132], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7763, page consultée le 26 janvier 2026.
8 mai [1841], samedi soir, 15 h. ¾
Merci, mon bon petit bien-aimé, merci mille fois de m’avoir conduite voir mon pauvre
père1 dans un
moment où tu es si occupé et si préoccupéa. Tout ce que tu fais de bon pour moi n’estb pas perdu, mon adoré, car je le sens avec
le cœur et l’âme et je t’aime.
J’ai trouvé Mme Pierceau seule chez elle, ne
m’attendant guère mais contente de me voir2.
Elle vient de descendre acheter le dîner, ce qui ne t’empêche pas de venir me prendre
avant, pendant et après, au contraire. Ce serait la plus grande joie que tu pourrais
me faire que de venir me chercher pour passer notre soirée au bord de l’eau, même
sans
Marronniersc3, sans dîner et sans feu
d’artifice4. Être avec toi, rien qu’avec toi, n’entendre que toi, ne
voir que toi c’est ma vie, mon bonheur et ma joie. Mais je n’ai pas l’espoir que ce
bonheur m’arrive aujourd’hui, je n’ai rien qui puisse m’en donner l’intuition.
Je suis triste de l’état de mon pauvre père et j’ai un mal de tête horrible qui
augmente de moment en moment. Tu vois, mon adoré, que si tu venais me prendre pour
passer le reste de la journée ensemble, ce serait tout à fait une surprise, mais je te le répète, je n’y compte pas. Voici Mme Pierceau de retour avec la fricassée. Dans l’intervalle,
j’ai vu la célèbre voisine CHRISTINE qui m’a dit à Dieu la Daigne avant de s’en aller avec sa bonne5. Je donnerais deux sous pour en avoir une pareille mais vous ne
voulez pas et je ne peux pas la faire à moi toute seule. D’ailleurs où serait le
charme ? Je le pourrais que je ne le voudrais pas, c’est votre COLLABORATION que je
veux. Je vous forcerai pourtant à essayerd ce soir et si vous n’y mettez pas
toute votre science vous aurez affairee à moi. En attendant, je vous adore.
Juliette
1 L’oncle de Juliette, René-Henry Drouet, est hospitalisé aux Invalides, très malade, mais sa seconde épouse, une dame Godefroy, lui donne des soins et envoie régulièrement par lettre de ses nouvelles à Juliette qui a reçu d’elle, le 5 février, « une permission de le voir tous les jours de midi à trois heures. »
2 Mme Pierceau a accouché, le 15 mars, d’un petit garçon. Voilà vraisemblablement la raison pour laquelle c’est Juliette, exceptionnellement, qui lui rend visite chez elle.
3 Restaurant célèbre de Bercy.
4 Juliette parle soit des festivités du week-end précédent en l’honneur de la fête du roi Louis-Philippe, célébrée le 1er mai, jour de la Saint Philippe, soit du fait que les dimanches et jours de fête, au « joyeux Bercy », on tirait des feux d’artifices sur les bords de Seine.
5 À élucider.
a « préocupé ».
b « n’es ».
c « marronniers ».
d « esseyer ».
e « à faire ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
