1 décembre 1839

« 1 décembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 111-112], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10353, page consultée le 09 août 2026.

XML

Bonjour, mon cher petit adoré, bonjour, mon cher bijou. Vous n’êtes pas revenu, mon petit homme. Vous voyez que j’ai joliment bien fait de prendre un peu de bonheur au vol cette nuit et de ne pas me contenter du « Je vais revenir. J’aime mieux ça » quotidien ? Si vous m’en croyez, nous serions plus souvent heureux en comptant un peu moins sur le bonheur à venir et en saisissanta un peu plus celui présent. J’ai envoyé votre montre chez le bijoutier, je l’aurai dans deux heures. Vos tisanesb sont prêtes. Je vous aime, donc je suis au [illis.] d’arme et en tenue. Baisez-moi, vieux bêta. Baisez-moi, CANDIDAT1. Je ne crois pas que Mme Pierceau vienne aujourd’hui, la machine infernale est capable de lui barrer le passage de la peur qu’elle en aura eu. Je ne connais pas femme plus poltronne qu’elle. Au reste, c’est une bien bonne femme et si elle ne vient pas je ne lui en voudrai pas. Je serais pourtant curieuse de savoir si le [illis.] apothicaire est le [illis.] voyageur et surtout si c’est le nôtre. Et puis si je vous vois, je ne désire plus rien, je suis joyeuse et ravie. Baisez-moi. Papa est bien i. Voime, voime. Mais il ne sera pas académicien. Quel bonheur !!!!!!!c Baisez-moi encore et ne vous représentez jamais……………..d à … l’Académie, ce qui n’est pas drôle trois fois devient bête et ridicule quatre, voilà mon opinion littéraire, quante à mon opinion politique, vous la connaissez, [c’est ?] que je vous trouve plus beau que Louis-Philippe et que je vous aime mieux, c’est pas ma faute et les opinions sont libres.

Juliette


Notes

1 Hugo est candidat à l’Académie Française.

Notes manuscriptologiques

a « saississant ».

b « tisannes ».

c Les sept point d’exclamation courent jusqu’à la fin de la ligne.

d Les dix-sept points occupent toute une ligne.

e « quand ».


« 1 décembre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16340, f. 113-114], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10353, page consultée le 09 août 2026.

XML

J’ai été très maussade tout à l’heure, mon adoré, parce que j’ai cru que vous vous moquiez de moi et que je vous paraissais ridicule. Car sans cela j’avais l’amour sur les lèvres et plein les yeux. Puisque je me suis trompée, je vous demande pardon et je vous adore et je suis très [aimable ?]. Vous avez laissé votre clé, mon petit homme. J’espérais que cela vous ramènerait tout de suite et que j’aurais le plaisir de vous voir et de vous baiser sur tous vos yeux mais je me suis trompée. J’ai toujours Résisieux qui fait le diable et qui appelle Mr Doi1 de toute sa GEULE. La mère Pierceau n’est pas venue et je ne pense pas qu’elle vienne. J’ai mis ma belle robe et mes belles pantouflesa, tout cela me va très bien et fait pousser des hurlementsb d’admiration à Résisieux et à Suzanne. Mais ce qui me contrarie, c’est que ta montre n’est pas encore venue et que tu peux en avoir besoin et qu’il est peu probable à présent que tu l’aies avant demain. Mais ce n’est pas notre faute car depuis ce matin j’y ai envoyé trois fois : je voudrais que vous me le rendissiez en venant coup sur coup me baiser mais… mais vous vous en donnerez bien gardec. Vous ne m’aimez pas comme je vous aime, mon Toto, car vous ne me quitteriez jamais. Il est vrai que vous ne serez pas nommé à l’Acacadémie, ce qui est une compensation. Baisez-moi et réjouissez-vous de n’être pas marié [encore ?] cette fois-ci à cette hideuse vieille sorcière. Je vous aime. Je vous aime.

Juliette


Notes

1 Surnom que Résisieux Besancenot donne à Hugo.

Notes manuscriptologiques

a « pantouffles ».

b « hurlemens ».

c « bien de garde ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.