20 février 1839

« 20 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 179-180], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3138, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon cher petit bien-aimé, bonjour mon adoré. Je t’aime. Je te désire comme il n’est pas possible. Je suis dans un de ces moments de la vie où le cœur est à vif et où il a le plus grand besoin du baumea d’amour. Pauvre bien-aimé, je sais que tu travailles, mais cette conviction n’est pas faite pour calmer le besoin que j’ai de toi et les inquiétudes que me donne ton travail sans relâche. Je t’aime. J’ai reçu deux lettres tout à l’heure : l’une de ma fille, l’autre de Mme Guérard. Aussitôt que tu auras un moment, je te prierai de me conduire à la pension. J’ai toujours mon torticolisb, je pense que c’est le mauvais temps qui me vaut ça maisc c’est bien gênant car on ne peut faire aucun mouvement. Chère âme, quand tu parlais hier des bienfaits de la providence, je t’écoutais sans pouvoir te répondre car j’étais suffoquée par la force de la vérité et saisie par la crainte de voir arriver un de ces malheurs auquel grâce à Dieu nous avons échappéd jusqu’à présent, c’est-à-dire des maladies ou des accidents qui me priveraient pendant plusieurs jours du bonheur de te voir. Ô mon Dieu, faites que jamais cela ne m’arrive car je perdrais la tête. Mon bien-aimé, mon bien-aimé, j’étais ingrate et injuste hier mais aujourd’hui je remercie Dieu et je t’adore.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « beaume ».

b « torticoli ».

c « m’est ».

d « échappés ».


« 20 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 181-182], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3138, page consultée le 24 janvier 2026.

20 février [1839], mercredi soir, 8 h. ¾

Mon cher bijou, je t’aime. Je ne peux pas te dire à quel point ni comment mais je t’adore. Vois-tu, mon adoré, je te le dis du plus profond de mon âme, c’est que je ne peux pas vivre sans toi. Je t’aime. C’est ma vie, je t’aime, c’est mon espoir, je t’aime, c’est ma joie. Ton projet pour le théâtre Joly est tout à fait bien et digne et j’y donne la main et les pieds, car il est probable que ce que nous avons de mieux à faire, c’est de nous enfuir à toutes jambes de cet affreux cul de sac Villetadour1. En attendant, je t’aime et je te désire comme une perdue. Résisieux2 est décidément folle de vous et je suis sur le point de devenir d’une jalousie féroce. J’ai déjà tenté de l’étouffer au moyen d’une dose de frangipane et de confiture au-dessus des forces d’un estomac féminin : vous voyez de quoi je suis capable, mon bijou, pour vous garder à moi toute seule. Cher cher bijou, je vous aime, j’exige impérieusement que vous veniez DÉJEUNER avec moi, sans cela, je m’insurge et je vous attaque en police des plus correctionnellesa. Je vous aime, Toto. Je t’aime, mon petit homme. J’ai bien du regret quand je vous ai affligé, allez, aussi, ça ne m’arrivera plus jamais. Je t’aime.

Juliette


Notes

1 Villetadour : jeu de mot par mot-valise, amalgamant les noms de Villeneuve et de Ventadour, salle qu’occupe le théâtre de la Renaissance.

2 Résisieux, fille des Besancenot.

Notes manuscriptologiques

a « correctionnelle ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.