21 janvier 1839

« 21 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 77-78], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3162, page consultée le 01 mai 2026.

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Bonjour, mon pauvre petit bien-aimé, bonjour, mon adoré. Je me reproche, mon Toto, d’avoir pris cette heure de plaisir des yeux, cette nuit, parce que je vois bien à présent que c’est aux dépensa de ton repos et de notre bonheur. Car il [est] probable que, sans elle, tu serais venu déjeuner avec moi ce matin ? Oh si on pouvait retourner en arrière, avec quelle joie je donnerais toutes les mascarades de cette nuit, les musiciens, la poussière, les directeurs et autresb pour voir une minute ta ravissante et belle figure, pour entendre ta voix, pour respirer ton haleine qui sent bon, pour t’adorer et pour mourir et vivre dans tes bras. Malheureusement, ça n’est pas possible et j’en suis réduite à regretter de n’avoir pas mieux employéc le temps que tu m’as donné cette nuit. Est-ce que tu me laisseras encore longtemps sans me donner du vrai bonheur de derrière les fagots ? Il y a longtemps que mes provisions sont épuisées et je commence à tirer une langue longue comme ça[Dessind]. J’ai faim et soif dee baisers et d’amour. Ne me laissez pas, mon Toto, mourir d’inanitionf quand vous avez en vous de quoi me ravitailler pour le reste de mes jours. Je t’aime.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « au dépend ».

b « autre ».

c « emploié ».

d Dessin d’une langue :

© Bibliothèque Nationale de France

e « des ».

f « d’ination ».


« 21 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 79-80], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3162, page consultée le 01 mai 2026.

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J’espère, mon petit homme, que vous ne vous promenez pas sous les gouttières depuis tantôt, surtouta si vous n’avez pas su vous procurer de parapluie ? Ça me tourmente beaucoup de vous savoir errant par ce temps-ci. J’aimerais mieux vous avoir au coin de mon feu ou dans mon lit. Je ne suis pas dégoûtée comme vous voyez, et je serais plus tranquille. Pourquoi ne comprenez-vous pas ça et pourquoi me laissez-vous me sécher et me dessécher en désirs et en amour inutiles puisque vous n’y répondez pas ? Je t’aime, mon Toto chéri, et j’ai bien besoin de bonheur, c’est-à-dire de toi, car c’est là tout ce que je veux et ce que je ne peux pas avoir. Je sais bien que c’est PEU DE CHOSEb et c’est ce qui en rend la privation si douloureuse et si [impossible ?]. Je ris, mon Toto, ou du moins je fais tous mes efforts mais en dedans je suis triste et découragée, car je vois que plus j’ai de courage et de patience, et moins le bonheur me vient. Ça ne dépend pourtant que [de] toi, méchant homme. Et dire que je t’aime toujours autant, ce qui est pire que plus.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « sur tout ».

b Expression occupant toute la largeur de la page.

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.