16 mai 1838

« 16 mai 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 156-157], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1385, page consultée le 26 janvier 2026.

Vous aviez bien raison, mon amour, de dire que je me ferais des reproches sur ma conduite de tout à l’heure et que j’en aurais de grands remords. Tout ce que vous avez prédit est arrivé. Je me repensa et je me trouve la plus absurde et la plus méchante femme du monde. Cependant, je t’aime et ma férocité s’augmente de l’excès même de mon amour. Je ne peux pas supporter que tu ne me laissesb pas te servir à genoux. Je regarde comme une injure que tu ne me laissesc pas te choisir les plus grosses aspergeset le dessus de la crème quand l’amour est arrivé au point où je l’éprouve, les rôles sont intervertis et c’est la femme qui doit adorerd l’homme, le porter dans ses bras, lui baiser ses petits pieds et lui donner la meilleure becquée. Dorénavant mon cher petit homme bien aimé, vous voudrez bien laisser la maîtresse vous dorlotere comme je l’entends et je vous promets d’être la plus douce et la plus résignée des femmes. En attendant je vous adore. Je baise votre souvenir dans mon âme et je vous désire de toutes mes forces.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « repends ».

b « laisse ».

c « laisse ».

d « adoré ».

e « dorlotter ».


« 16 mai 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 158-159], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1385, page consultée le 26 janvier 2026.

Vous travaillez donc bien mon amour que vous oubliez de venir voir votre pauvre Juju qui vous attend avec toute son âme sur les lèvres et dans les yeux. Moi aussi, quoi que bien souffrante, j’ai beaucoup travaillé depuis que vous êtes parti mais je ne vous ai pas oublié, au contraire je vous aimais et je vous désirais de toutes mes forces. Au reste je sais que tu travailles, mon bien-aimé, ce n’est donc pas un reproche, une grognerie que je te fais, mais le regret de ne t’avoir pas vu depuis si longtemps, mais le désir de baiser tout de suite ta belle bouche rose et parfumée. Je trouve qu’il fait bien froid, est-ce parce que je souffre ou bien est-ce un caprice de la température pour me punir d’avoir ôtéa mes tapis ? En attendant j’ai froid aux pieds et la migraine et j’appelle la canicule à grands cris, mais je vous aime Toto mais je vous aime, venez donc très tôt mon Toto et je vous baiserai bien fort pour la peine.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « ôter ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.