« 25 mars 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16333, f. 182], transcr. Armelle Baty, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.772, page consultée le 26 janvier 2026.
25 mars [1838], dimanche matin, 10 h.
Vous n’êtes pas revenu, méchant petit homme, pourquoi ça puisque vous me l’aviez bien
promis ? Je me suis réveillée à l’heure à peu près où vous avez coutume de venir,
quand vous venez, mais j’en ai été pour ma peine. Vous avez mal fait, mon petit homme,
de ne pas venir cette nuit parce que je vous aurais bien câliné et bien dorlotéa et que vous auriez fait de moi tout ce que vous auriez voulu. Cependant je ne me dédis
pas pour une autre foisb pourvu
qu’elle soit très prochaine. En attendant je vais bien penser à vous, bien vous
désirer et bien vous aimer. C’est ce soir que je vais revoir ma belle Tisbe, il me semble toujours quand je vois Marion et la Tisbe que c’est moi qui
suis en scène tant ces deux femmes ont de ressemblance avec moi. Je le dis sans
fatuité car je ne parle que de leur malheur et de leur amour. Je t’aime comme elles
aiment leur Rodolfo et leur Didier, plus encore. Je t’aime, mon Toto, mieux qu’avec de belles paroles, je
t’aime avec l’âme et le cœur et je ne connais pas d’équivalent qui puisse te donner
l’idée de la grandeur de mon amour.
J’attends MmePierceau à dîner aujourd’hui. Si elle ne
vient ou si elle ne veut pas aller à Angelo, j’emmènerai
Suzette avec moi car sous aucun prétexte
je ne veux manquer ma soirée. J’ai toujours mal à la gorge et à la tête, c’est le
printemps sans doute. Je voudrais bien vous voir, mon Toto, j’aimerais à vous baiser
ce matin sous toutes les coutures. Je vous adore, mon Toto, vous êtes toujours le
plus
grand et le plus beau des hommes. Si je ne craignais pas de vous ennuyerc en ne vous disant que cela, je le
ferais car je n’ai pas autre chose à mon service que mon amour pour vous. Jour mon petit o, jour mon gros To. Je ne sais pas si
vous pensez à moi mais je sais que je vous aime furieusement
et que je vous désire comme une femme qui ne vous a pas vu depuis hier soir, ce qui
est bien plus d’un siècle. Si vous êtes bien gentil, vous viendrez tout de suite,
vous
déjeunerez avec moi et vous ne vous en irez pas après. Mais vous ne ferez pas cela,
il
n’y a pas de danger, vous ne m’aimez pas assez pour ça. Tâchez au moins de ne pas
me
laisser toute la journée seule. C’est si triste quand je ne vous vois pas. Oh ! Oui,
mon Toto, la journée est bien longue et bien lourde quand tu ne viens pas. Je
t’attends, je t’aime et je t’adore. À bientôt, pense à moi toujours.
Juliette
a « dorlotté ».
b « autrefois ».
c « ennuier ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
