« 26 juillet 1836 » [source : BNF, Mss, NAF 16327, f. 182-183], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7561, page consultée le 09 mai 2026.
26 juillet [1836], mardi après-midi, 3 h. ¾
Cher petit homme bien-aimé, vous êtes bien charmant d’être venu surprendre votre Juju
au moment où elle croyait le moins vous voir. Vous mériteriez qu’on vous aimâta rien que pour cela si déjà vous n’étiez
adoré pour toutes sortes de raisons, dont la première de toutes et meilleure c’est
que
je vous aime.
Pendant que vous êtes à Fourequeux1 moi je vais aller me promener aux Tuileries, ça vous
apprendra à faire le mystérieux (ran ! pan !). D’ailleurs ce ne sera qu’une revanche
que je prendrai sur la visite que vous avez faiteb à Mme la Marquise de Lépinayc dans l’atelier de M. de Châtillon2.
Si je n’avais pas si mal à la tête je vous chanterais une
fameuse gamme à ce sujet-là : Mais il ne peut embrasser sa fille, Plaignez plaignez
le
pauvre chiffonnier 3.
J’espère que vous viendrez me dire un petit bonjour avant
de monter en voiture vous me trouverez sous les armes, et
toute prête à aller faire la belle dans le jardin de Louis-Philippe. En attendant
et
pour n’en pas perdre l’habitude, je vais vous aimer jusque par-dessus les tours de
Notre-Dame. Mon Toto chéri je vous aime je vous adore pour tout de bon.
Juliette
1 Faute d’orthographe intentionnelle et grivoise : Juliette soupçonne Hugo de la tromper (avec sa femme ?)
2 C’est en effet en 1836 qu’Auguste de Châtillon peint le portrait du poète et de son fils François-Victor, qui est conservé aujourd’hui à la Maison de Victor Hugo.
3 Refrain d’une romance tirée d’un vaudeville d’Étienne Crétu (1793-1878), Le Chiffonnier ou le Philosophe nocturne (1826) : « Il n’osait embrasser sa fille, / Plaignez le pauvre chiffonnier. »
a « aima ».
b « faites ».
c « L’Épinai ».
« 26 juillet 1836 » [source : BNF, Mss, NAF 16327, f. 184-185], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7561, page consultée le 09 mai 2026.
26 juillet [1836], mardi soir, 7 h. ¼
Vous voyez bien mon cher petit homme que vous êtes à Fourqueux quoique vous en
disiez. Je vous pardonne cette cachotteriea parce que je l’attribue à votre stupide défiance et que
j’espère que vous ne me faites aucune trahison par là.
Il fait un affreux temps
d’orage qui m’entretient mon mal de tête avec succès. J’ai envoyé chercher mes
chapeaux, il n’y en avait qu’un de prêt mais c’est assez dans le cas où vous viendriez
me chercher pour sortir. Je n’aurai plus besoin de me coiffer d’un bonnet à poilsb comme hier au soir.
Je vous aime
vous, et vous m’aimez-vous ? Je voudrais encore être à cette nuit et à ce matin, et
vous, voudriez-vous y être aussi ? Je vous donnerais une fameuse PRIME si vous veniez
me chercher pour dîner avec vous ce soir. Je vous donnerais : TOUT CE QUE VOUS
VOUDRIEZ. Vous voyez bien que ma proposition ne vous tente pas. Vous en êtes
témoin.
Mon cher petit Toto je t’aime de tout mon cœur je t’assure. Je ne pense
qu’à toi, sans cesse à toi. Je suis heureuse quand tu es là, je suis triste quand
tu
es absent. Mais n’importe en quel temps je t’aime toujours de plus en plus.
Juliette
a « cachoterie ».
b « poil ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
