« 22 décembre 1878 » [source : Collection particulière / MLM / Paris, 62260 0070/0073], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4776, page consultée le 07 mai 2026.
Paris, 22 déc[embre 18]78, dimanche matin, 8 h. ½
Encore une mauvaise nuit pour toi, mon pauvre bien-aimé, d’autant plus fatigantea que tu n’as pas cessé de tousser,
je le sais par Mariette, c’est désolant.
Encore si tu entendais la raison, si tu voulais soigner ce rhume qui, cette fois,
paraît y mettre autant d’entêtement à s’éterniser que toi à le garder, cela me
tranquilliserait. Mais tu tiens à souffrir sans nécessité, sans honneur et sans
profit, le rhume pour le rhume, l’art pour l’art. C’est absurde et dangereux. Enfin
la
nature l’emporte et t’impose quelques heures de sommeil ce matin, ce qui me rassure
un
peu en ce moment. J’en ai d’autant plus besoin que je suis assez inquiète sur
l’accueil que tu feras à mon brave et honnête neveu1 que tu as
pris en grippe et en suspicion sans savoir pourquoi, à moins que ce ne soit à cause
de
sa parenté avec moi ; je ne sache pas, cependant, qu’il ait rien fait pour
démériterb dans ton estime
depuis le jour où tu lui as fait l’honneur de lui confier tes manuscrits il y a un
peu
plus d’un an.
22 oct[obre 18]77
« Esta mañana Louis Koch
se ha vinido con un coche y ha llevado mis dos malas en
seguridad en su casa. La tercera que he guardado la muche las copias2. » Autant cette marque de confiance était honorablec pour lui à ce moment-là autant ta
méfiance aujourd’hui est inexplicable et blessante pour lui et pour moi, tellement
blessante et tellement inexplicable que je n’ai pas encore trouvé le moyen de
l’éloigner de la maison sous un prétexte plausible et honnête. J’espère qu’à force
de
le chercher je le trouverai, ne fût-ced qu’en lui avouant
la vérité : une espèce d’aversion latentee que tu as contre moi depuis que tu as mis ton cœur et ta vie
au pillage, en faisant litière aux plus misérables et aux plus vulgaires passions.
Cette confidence difficile à faire à un jeune homme, et à un jeune homme qui me touche
de si près, me répugne et je ne la lui ferai qu’à mon cœur défendant et pour lui
épargner un affront qu’il n’a pas mérité. Je te prie s’il vient ce soir de lui faire
l’accueil que tu lui doisfjusqu’à plus amples
explications de ma part3.
1 (Jean-)Louis Koch.
2 « Ce matin Louis Koch est venu en voiture et il a emporté mes deux malles en sécurité chez lui. La troisième que j’ai gardée a surtout les copies. »
3 Le nombre particulièrement élevé de fautes d’orthographe dans cette lettre est proportionnel, comme souvent chez Juliette Drouet, à l’agitation causée par le trouble et l’indignation qui s’y expriment. Dans la lettre de la veille, elle exprimait son humiliation d’avoir à refaire son testament, à la demande de Victor Hugo, afin d’assurer qu’à sa mort, son neveu ne spolierait pas les petits-enfants de Hugo.
a « fatiguante ».
b « déméritter ».
c « honnorable ».
d « fusse ».
e « lattente ».
f « doit ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est victime d’un accident vasculaire cérébral. Toute la famille l’accompagne en convalescence à Guernesey, où Juliette découvre, dans des carnets cryptés en espagnol, l’ampleur de ses infortunes. Au retour, ils emménagent avenue d’Eylau.
- 15 janvierHugo lègue à Juliette Drouet 12 000 francs de rente viagère.
- 15 marsHistoire d’un crime (tome II).
- 29 avrilLe Pape.
- 27-28 juinHugo est victime d’un accident vasculaire cérébral.
- 4 juillet-9 novembreSéjour à Guernesey.
- À partir du 17 juilletJuliette, ayant découvert dans un carnet de Hugo les commentaires cryptés en espagnol de ses bonnes fortunes, écrit régulièrement à son neveu Louis, resté à Paris, et lui demande de lui envoyer un vocabulaire franco-espagnol, et d’enquêter sur la vie actuelle de Blanche.
- 26 aoûtJuliette refait son testament. Le nouveau est plus favorable à son neveu Louis Koch qu’à Victor Hugo.
- 10 novembreInstallation au 130, avenue d’Eylau.
