« 21 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 183-184], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3139, page consultée le 24 janvier 2026.
21 février [1839], jeudi après-midi, 2 h. ¼
Bonjour, mon cher bien-aimé, comment vas-tu ? Maintenant, mon bien-aimé, que la nuit
est passée et que j’ai l’espoir que tu viendras cette nuit, j’aime mieux que tu ne
sois pas venu car j’ai passé une nuit atroce sans fermer l’œil et en vomissant toute
la matinée. Enfin j’ai reposé depuis pendant quelques heures, ce qui a achevé de me
guérir mais je n’ai pas figure humaine. Je suis levée pour tâcher de me secouer un
peu. Et puis, je t’aime et si tu viens, je me sens CAPABLE DE TOUT. Vos petits dessins
sont très jolis quoiqu’inférieursa
aux miens mais c’est égal : les vôtres ont leur mérite. Résisieux1
est déjà chez moi se roulant, chantant, gazouillant et mêlant à ses cabrioles et à
ses
jabotteries Mr Doi, Mr Doi et puis Mr Doi. Ah ! Mais c’est pas Mr Doi. Elle m’a fait
don, pour VOUS MONSIEUR, d’un bouquet de violettes, j’espère que c’est assez
transparent. Et vous paierez pour elle votre trahison à tous les deux. Ce ne sera
que
très juste, n’est-ce pas ? Et vous n’avez rien à répondre, vilain, pour vous
justifier.
Mon Dieu, vous êtes tout justifié, si on regarde ma figure, car j’ai
l’air d’avoir soixante ans et on ne me prendrait pas avec des pincettes mais moi qui
sais que DANS MON ÂME JE SUIS BELLE je ne vous trouve pas excusable et je vous en
veux
de toutes mes forces en vous aimant de tout mon cœur.
Juliette
1 Résisieux, fille des Besancenot.
a « inférieur ».
« 21 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 185-186], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3139, page consultée le 24 janvier 2026.
J’ai trouvé en arrivant Mme Triger. C’est ce qui t’explique, mon bien-aimé, pourquoi je t’écris si tard. Du reste on était en train de dîner mais j’ai envoyé chercher des comestibles et tout s’esta très bien passé. Cette promenade ce soir m’a fait beaucoup de bien, mais aussi c’est que tu étais bien bon et bien ravissant. Mais je ne perds pas de vue mon cher petit portrait que je baise déjà en espoir comme si je l’avais là. N’est-ce pas que j’ai joliment bien arrangé ma pendule ? N’est-ce pas que je suis très industrieuse ? N’est-ce pas que j’ai raison de bien me vanter ? Tiens il faut bien que je fasse mon éloge, moi, puisque personne ne s’aperçoitb de mon MÉRITE. Je vous aime, entendez-vous ? Où êtes-vous dans ce moment, à qui pensez-vous et qui aimez-vous ? Je viens de rentrer dans NOTRE DAVID, il paraît qu’il a fait son effet habituel (on a ric). J’ai expliquéd à Mme Pierceau la fameuse leçon de mathématiquese. Elle a parfaitement compris aussi bien que moi. PHAME. Tu m’en redonneras encore une ce soir, après quoi je connaîtrai la distance de la Terre à la lune et le diamètre de la Terre à un pouce prèsf. Voilà pour la science. Pour le cœur, je vous aime [et ?] je vous désire.
Juliette
a « c’est ».
b « apperçoit ».
c « rit ».
d « expliquée ».
e « mathématique ».
f « prêt ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
